2019-04-28

Le Cout des Retraites

La retraite par répartition soutient la consommation, mais elle est deux à trois fois plus coûteuse que la retraite par capitalisation.

Les Français payent maintenant plus du double de ce qu'ils devraient pour leur retraite. Ce coût croissant pèse sur le pouvoir d'achat. Est-il trop tard pour évoluer vers un système mixte comme le système suisse des trois piliers ?

Retraites par Capitalisation : Liberté, Imprévisibilité


Combien faut-il épargner pour se garantir une retraite autofinancée ? La réponse dépend fortement du domaine et de la période d’investissement.

Si les fonds sont investis à long terme sur les marches d’actions mondiaux, la performance sur les 120 dernières années est de 5 % au-dessus du niveau d’inflation. Dans ce cas, il faut épargner 12 % de ses revenus dès 18 ans pour pouvoir prendre sa retraite à 60 ans jusqu’à 100 ans.
  • Aux US avec un rendement de 6,4%, il suffisait d’épargner 7 % de ses revenus
  • En Europe à un rendement de 4,1%, il fallait 15 % d’effort d’épargne.
Ces chiffres proviennent d’historiques sur 120 années, les périodes de rendement inférieur nécessitent que les travailleurs économisent plus ou continuent à travailler plus longtemps. Il faut épargner entre 7 % et 15 % en fonction des performances du marché.

Une retraite par capitalisation coûte typiquement 10 % de leur salaire aux employés (5 % sont mis par l'employé, et 5 % abondés par l'employeur).

Il faut noter que ces chiffres supposent que le salaire suive l’inflation. Pour une retraite à 80 % du salaire moyen, il faut retenir 80 % de ce taux d’épargne soit 5 % à 12 %.

Le rentier français a été mis à rude épreuve par les calamités des deux guerres, (répudiation de l’emprunt russe pour 9 milliards de franc or, soit 3500 milliards d’euros, une somme qui suffirait à financer la moitié des retraites en France) et la crise de 1930. À cause de cela, la génération des retraités de 1915 à 1945 a connu 30 ans d'austérité.

La retraite par capitalisation est vulnérable. Deux guerres mondiales et la pire dépression en 200 ans ont démontré son insuffisance. Les systèmes par capitalisation supposent qu'il y a toujours des investissements avec 5 % de rendement au-dessus de l'inflation, et l'on ne peut pas garantir ce rendement.

Enfin, la retraite par capitalisation suppose un investissement judicieux de l'épargne. Dans la plupart des pays ou la retraite est financée par capitalisation, l'investissement obligataire y est encore important en dépit d'une sous-performance prévue face à l'inflation.

Retraites par Répartition : Coercition et Pénurie Planifiée


La retraite par distribution est insensible aux aléas des marchés. Les revenus des actifs sont directement partagés avec les retraités. Ce partage est décidé démocratiquement plutôt que par les prix des marchés de capitaux.

L'inconvénient est que si une personne active doit supporter un retraité tout de suite, il doit y consacrer 50 % de ses revenus. Le fait d’investir les fonds longtemps avant d’en tirer un revenu permet de soutenir un retraité avec 7 % à 15 % d’effort d'épargne pour une pension identique au salaire.

La situation économique était la plus difficile entre 1918 et 1940 pour les retraites. Pourtant, le système de retraite est plus récent :
  • En 1945, un système de retraite par répartition a été mis en place où l’on distribuait aux personnes âgées de plus de 65 ans une retraite financée par les actifs.
  • En 1983, l’âge de la retraite est porté à 60 ans, c'est une décision politique progressiste qui diminue le pourcentage d'actif et augmente le besoin de financement annuel des retraites.
  • En 2003, les fonctionnaires peuvent prendre leur retraite dès 56 ans dès lors qu’ils ont travaillé 40 ans.
  • En 2010, l’âge de la retraite est repoussé de 60 ans 62 ans.
En 2019, il y a en France 3 millions de chômeurs et 26.6 millions d’actifs payes 35.976 euros bruts en moyenne. Cela représente un revenu brut de 957 milliards. Les retraités sont 16 millions avec un coût des retraites de 310 milliards par ans, soit 19.255 euros par retraité.

Le coût de la retraite solidaire est donc de 32 % des salaires des actifs. Ces 32 % sont financés par les actifs qui payent 25 % de leur salaire pour financer la retraite des autres, les 7 % restant sont financés par la CSG.
Il y a donc là deux problèmes :
  • Pour les actifs : le poids des retraités est le double par rapport au 7 % a 15 % du système par capitalisation, 
  • Pour les retraités : ils ne touchent que 54 % de ce qu'ils toucheraient avec le système de capitalisation.
Les systèmes par répartition ne sont avantageux que dans des contextes de natalité élevée ou d’espérance de vie à la retraite limitée. La transition vers un système par capitalisation doit être envisagée quand l’espérance de vie augmente, ou quand la natalité est insuffisante.

Les Français sont forcés de cotiser à un système qui les mène à la pénurie.

Le Fantôme de Lord Keynes


La mise en place d'une retraite par répartition est aussi une manière de faire participer une plus grande population à la croissance du pays. C'est une mesure de stimulation par la consommation. C'est un amortisseur de crise macro-économique qui garanti que le pouvoir d'achat des retraités ne s'effondre pas avec les cours en bourse.

La retraite par répartition a ainsi contribué a stimuler la demande pendant la reconstruction de l'Europe après 1945. Cet effet sur la consommation est d'autant plus efficace que les retraites sont modestes et donc sensible a la stimulation.

On comprend donc que la Suisse et les États-Unis aient encore recours a un système par répartition pour garantir le minimum vital, le plus sensible a une stimulation de la consommation. La retraite dorée est financée par capitalisation.

La transition semble nécessaire pour faire face à l'allongement de la durée de vie et la baisse de la natalité.

Fertilité et Espérance de Vie : Deux Facteurs Inexorables


La France compte maintenant 16 millions de retraites pour 26 millions d’actifs, soit 41 %. Il faudrait donc 5 enfants par femme en moyenne, ou bien que la moitié des retraités meurent pour que le système par répartition soit le système le mieux adapté à la démographie française.

La fertilité en France était aux alentours de 3 pendant les 30 glorieuses entre 1950 et 1970, avant de passer en dessous de 2 dans les années 70. On n’a jamais eu 4 enfants par femmes. L’espérance de vie à 65 ans est passée de 13 ans à 20 ans dans les pays développés, tandis que la cohorte de personnes atteignant l’âge de la retraite a fortement augmenté.


Quand Réformer : Histoire Française


L’augmentation du poids des retraites sur les actifs depuis 1945 est la conséquence de ces données démographiques. L’ensemble du dispositif français de sécurité sociale (assurance maladie et retraites) ne coutant que 3 % du PIB de 1947 jusqu’en 62 (selon l'Insee en 1968). Il apparait que la France a laissé passer une opportunité de réforme entre 1962 et 1968.

Pouvait-on espérer avant 1968 que la croissance paierait la dette sociale ?

En théorie, la réponse est négative car on savait que les retraites augmentent avec le revenu par habitant.

En pratique, la croissance de la France et l'Allemagne pendant les trente glorieuses était beaucoup plus élevée que celle des États-unis et de l'Angleterre en raison de son PIB par habitant bien inférieur pendant la reconstruction. L'effet de ces politiques Keynésiennes semblait être de garantir une croissance de 8 % au-dessus de l'inflation. Qui peut dire quelle eut été la croissance si on favorisait l'investissement plutôt que de stimuler directement la consommation durant cette période ?

Cette question était alors indécidable. On voit 50 ans plus tard que la France scellait un dispositif qui allait engendrer une sous compétitivité structurelle.
La vague de 1983 a déferlé 27 ans durant jusque son endiguement en 2010. La majorité des électeurs de 1981 ont fait payer leur retraite anticipée par les générations futures. Les seuls vestiges qui nous sont transmis de cette période sont la CSG et RDS, mises en place par M Rocard.

Cette prodigalité relève plus de l'ambition que d'un vulgaire égoïsme. Contrairement à leurs électeurs, les politiciens qui ont pris ces décisions ont travaillé bien au delà de leurs 65 ans.

Nos élus ont voulu figurer parmi les grands hommes en accordant au nom du progrès des bienfaits à la mesure de ceux du Front Populaire en 1936 et du programme des Jours Heureux du Conseil National de la Résistance en 1945.


La Main Invisible Qui Décide


La main invisible de la démocratie représentative mène t-elle la France à l'optimum social ?

Grace a une espérance de vie courte, la France payait en 1962 la moitié du coût des retraites par capitalisation. Chaque actif en France paye maintenant 2 à 3 fois le prix qu'on paie à l'étranger pour une retraite similaire.

Au vu des données démographiques, il faut rehausser l’âge de la retraite ou baisser les pensions. L'alternative est la transition vers un système mixte plus efficace pour le financement des retraites.

Lorsqu'ils sont sondés sur la question, les Français se déclarent pour une retraite plus tôt. Leur donnera t-on les moyens de prévoir et financer eux-mêmes cette retraite ou s'agit-il à nouveau de la faire financer par la génération à venir ?

2019-03-16

L’evolution de l’Etat Providence en France

En dépit d’un niveau de capital social inférieur, le poids des prélèvements obligatoires en France est supérieur à celui des pays scandinaves. Comment expliquer cette trajectoire atypique ?

Différents travaux de l'Insee permettent d'observer l’évolution des dépenses publiques depuis 1871. L’apparition en France de l'État providence remonte à l’établissement l’éducation nationale gratuite et obligatoire par les lois Jules Ferry en 1881.

Nous pouvons donc observer un historique complet et identifier quand l'augmentation a eu lieu. Nous verrons cependant que les chiffres annoncés par l'Insee ou l'OCDE pour la même année varient considérablement selon l'article de l'Insee, ce qui indique des différences de méthodologie qui ne sont pas expliquées dans ces articles.

Évolution de l'État Providence

Nous bénéficions de données assemblées pour un siècle par l'Insee  en 1968 et d’autres études retraçant l’évolution de 1959 à 2006, enfin nous disposons de données de l’OCDE de 1995 à 2016.

  • 1871-1879: Thiers et Mac Mahon (versaillais royalistes répresseurs de la commune de Paris). L'État strictement régalien coute 11.6% du PIB.
  • 1879-1887: Jules Grévy (gouvernement de gauche) création des écoles normales pour former les professeurs avec des valeurs “républicaines” et laïques. Puis loi Jules Ferry pour l’éducation gratuite laïque et obligatoire. Hausse de 4% de dépenses.
  • 1887-1913: S Carnot, J Casimir-Perier, F Faure, E Loubet, A Fallières, hausse de 50% du revenu national et de 20% des dépenses publiques qui repassent a 11% du PIB
  • 1913-1920: R Poincaré: doublement des dépenses militaires et des dépenses civiles alors que le PIB baisse de 18% suite aux dégâts de la grande guerre. Les dépenses publiques passent a 26% du PIB
  • 1920-1931: A Millerand, G Doumergue. Grace a la stabilisation Poincaré, les dépenses de l'état baissent en terme réel de 16% alors que le PIB augmente de 21%. Le poids de l'état 8 ans après la Grande Guerre est de 15% en 1926 et reste à ce niveau jusque 1929.
  • 1931-1940: P Doumer, A Lebrun. Alors que le Front Populaire arrive au pouvoir en 1936. Le PIB a baissé de 18% alors que la dépense publique avait augmenté de 87%. La perte de confiance dans le système capitaliste dans les années 30 a causé une forte augmentation du poids de l'État. le poids de l'état a déjà augmente de 20% pour atteindre 36% suite à la grande dépression. Le front populaire vote la semaine à l'anglaise (ou semaine des deux dimanches) avec 40 heures de travail hebdomadaire et les congés payés.
  • 1940-1947: P Pétain, gouvernement satellite de l'Allemagne qui voit une baisse du PIB de 11%.
  • 1947-1954: V Auriol. Augmentation du budget de sécurité sociale à 10% du PIB suivant le manifeste du Conseil National de la Résistance. Les dépenses atteignent 45% du PIB en 1947. Création de la TVA en 1954 par M Lauré sous le gouvernement P Mendez-France.
  • 1954-1968: R Coty, C de Gaulle, le poids des départements et communes passe de 5% à 10%, le poids de la sécurité sociale passe de 10% à 20% du PIB. Les dépenses publiques représentent 55% du PIB en 1960 et 63% en 1968. La note de l'Insee de 1968 présente un taux de 35%, excluant le poids de 20% de sécurité sociale et 10% de budget des communes et régions.
  • 1970-1981: V Giscard d'Estaing, le poids des dépenses augmente de 6% entre 1974 et 1980 en dépit de la politique d'austérité affirmée par son premier ministre et ministre des finances R Barre.
  • 1981-1995: F Mitterrand, hausse de 4% des prélèvement de 1980 a 1995. E Balladur parle d'austérité mais augmente les prélèvements. En 1982: 39 heures de travail hebdomadaire.
  • 1995-2007: J Chirac, hausse de 1.5% des prélèvements. Pacte de Stabilité et de Croissance signe en 1998. 2002: 35 heures de travail hebdomadaire sous le gouvernement Jospin.
  • 2007-2012: N Sarkozy, crise financière, hausse de 3% des prélèvements
  • 2012-2017: F Hollande, hausse de 1.5% des prélèvements

Dates clef de l'évolution du poids de l'État

On remarque donc des dépenses publiques limitées en dessous de 15% avec l'éducation nationale obligatoire quand bien même la part de l'État dans le PIB avait double lors de la première guerre mondiale, cette proportion est redescendue a ce niveau en 1926.

Une augmentation du poids de l'État a 35% pendant la grande dépression et la seconde guerre mondiale. Suivie d'une augmentation de 20% à la fin de la seconde guerre mondiale avec l'établissement de l'assurance maladie et de caisses de retraite par répartition.

Le poids des communes et régions est passé de 1% à 10% suite a diverses mesures de décentralisations qui n'ont apparemment pas été suivies de baisse du budget central.

A partir des années 70, l'État a du indemniser des chômeurs alors que le taux de chômage est lentement passe du 3% avant 1971 à plus de 10% en 1991. Les dépenses de l'État sont supérieures à ses recettes depuis 1974.

Cause de l'augmentation du poids de l'État

Plusieurs causes expliquent l'augmentation du poids de l'État.

La loi de Wagner, de l'économiste Allemand Wagner, avançait que les États les plus avances ont le poids le plus important dans leur économie. Jusque dans les années 70, on voit que plus d'État était corrèle a plus de croissance. Après cette date cependant, l'augmentation du budget de l'État n'est plus accompagnée de croissance du PNB.

Certains services de l'État (éducation, santé, culture) ont vu moins de gains de productivité que l'industrie et prennent donc une part croissante dans l'économie nationale.

Un effet de cliquet fait qu'il est plus facile de mettre en place de nouvelles dépenses publiques que de les réduire. Alors qu'une entreprise privée dont les dépenses ne sont pas maitrisées disparaitra, l'État a en général la possibilité de taxer plus.

Historiquement, il apparait que l'évolution a eu lieu en majeure partie suite aux crises économiques. Politiquement, bien que la gauche n'ait obtenu le pouvoir que rarement, la droite n'a eu de cesse d'augmenter le poids de l'État en France, sauf avant les années 30.

Des chiffres sujets a des changements de méthodologies opportuns.

Enfin, les chiffres publiés dans le passé sont constamment revus et modifiés par l'Insee. Les bureaucrates appellent cela la rétropolation.

La définition de l'Insee paraissait pourtant claire dès 1968: un monopole d'État tel que l'EDF ou un péage qui serait surfacturé a ses usagers pour rapporter un profit a l'État n'est pas un prélèvement obligatoire si les usagers ont le droit de ne pas utiliser le service. Les cotisations d'assurance maladie et retraite en revanche sont des prélèvements obligatoires.

La note de l'Insee de 1968 présente 35% de budget de l'État, 10% du budget de communes et régions et 20% de sécurité sociale pour un total de 63% du PIB de l'époque en page 8, tableau 2. La note de l'Insee de 2007 présente un poids de l'État en 1968 de 22% et des charges sociales totales de 13% soit 35%. Ce chiffre de 35% est repris dans l'étude vie publique de 2013.

Il semblerait donc qu'il y a une inconsistance de 28% du PIB entre les chiffres publies en 1968 et ceux publies en 2007 pour la même année 1968.

La note 2007 de l'Insee présente un poids de l'État de 42% en 1995 alors que les chiffres de l'OCDE présentent un poids de la dépense publique de 54% du PIB en 1995.

Il y a donc une inconsistance de 12% de points de PIB entre les chiffres annonces par l'Insee et ceux de l'OCDE pour la même année 1995.

Le chiffre de 63% n'était peut-être pas si choquant en 1968 dans un rapport qui annonçait le triomphe de la loi de Wagner et une croissance du PIB supérieure à celle des États-Unis. L'air du temps a bien changé, et le poids des dépenses publiques de l'époque a été revu a 35%.

Sources:



2019-01-27

Confiance et Etat Providence

Taux de Prélèvement et Capital Social

La loi de Wagner, énoncée par l'économiste allemand A. Wagner a la fin du XIXe siècle prédit que plus l'économie d'un  pays est avancée, plus l'État prend un poids important dans l'économie. Plus d'un siècle plus tard, il apparait que le poids de l'État dépend aussi de variables sociales qui expliqueraient les disparités constatées indépendamment du revenu par habitant.

Alors qu'on pourrait prévoir un poids de l'État augmentant avec la cohésion sociale et le civisme du pays, lorsque l’on observe la proportion des dépenses sociale rapportée au PNB dans différents pays, on voit que les États-Unis, le Japon sont dans un creux fiscal alors que l’Italie et la France d’une part, et les pays scandinaves d’autre part ont un budget plus important.



La question est pourquoi certaines populations ont voté l’augmentation de la taille de leur gouvernement alors que leur citoyens font preuve de moins de confiance envers leurs concitoyens et leur gouvernement que les Japonais ou les Américains ?

Avant cela, nous présentons ci-dessous le concept de capital social en économie politique.

Capital Social en Italie

Pour introduire le concept de capital social, on peut se référer au livre de Robert D Putnam : Making Democracy Work.  Les auteurs ont étudié la performance de 20 gouvernements régionaux depuis 1970. Les institutions étaient similaires, mais le contexte social économique et culturel était diffèrent. Ils trouvent que les administrations régionales les plus efficaces étaient ceux où il y avait une forte tradition d’engagement civique.

Mr Putnam note que les citoyens sont à la fois plus satisfaits de leur gouvernement dans le nord de l’Italie et pensent que l’état devrait jouer un rôle moins important. Dans le sud de l’Italie, ils pensent que l’état ne joue pas son rôle de manière satisfaisante et qu’il devrait avoir un rôle plus important.

Mr Putnam conclut que le succès de la démocratie nécessite la confiance mutuelle et la coopération des concitoyens, ainsi qu’une tradition de gouvernement décentralisé.


Efficacité et inefficacité de l’état providence

Il s’agit d’un article écrit en 2011 par Y Algan, P Cahuc et M Sangnier (que l’on trouve ici). Leur sommaire peut se traduire ainsi : 

L’article montre que les différences entre pays de générosité et de qualité de l’État providence est lié aux différences de confiance entre ses citoyens. Les États-providence généreux et transparents des pays scandinaves sont basés sur le civisme de leurs citoyens. 

En revanche, la générosité assortie d’une manque de transparence des États européens continentaux survit grâce au support d’une forte proportion de citoyens incivique qui considèrent que la fraude fiscale et aux bénéfices sociaux est justifiée. 


Nous expliquons aussi pourquoi des pays avec un degré intermédiaire d’honnêteté et de transparence du gouvernement, tels que les pays anglo-saxons, ont un État-providence moins développé.

Rang de la France en termes de Civisme

Quelle est la place de la France par rapport aux autres pays ? Cela dépend de la mesure de capital social. Si on le mesure avec la question : « peut-on avoir confiance en la plupart des gens ? », la France a un capital social parmi les plus bas d’Europe. Si l’on mesure le capital social avec la perception de corruption, la France a un capital social qui se situe plus dans la moyenne, proche du Japon et des États-Unis.

Dans le cadre simplifié décrit par cet article
  • Tout électeur votera pour plus d'impôts finançant les dépenses sociales si la proportion de population honnête est élevée
  • Tout électeur ayant l'intention de profiter des dépenses votera plus d'impôts qu'un électeur préoccupé par le bien commun, 
  • Le niveau de charges sociale se décide a la majorité et dépend donc du civisme de l'électeur médian
  • On atteint un premier maximum de dépenses sociale lorsque 51% des électeurs votent dans leur intérêt personnel, le niveau chute brusquement lorsque 51% des électeurs sont honnêtes et décident d'un niveau de dépenses en fonction de l'intérêt collectif plutôt que de leur intérêt personnel.
Il faut noter que dans le cadre simplifié de l'article, les électeurs forment une communauté homogène. La promesse de redistribuer les biens d'une minorité vers l'électeur médian n'intervient pas.

Les mêmes auteurs ont publié un nouvel article à ce sujet en Juin 2014 : Confiance et état providence : la courbe a deux sommets.



2018-12-29

Prélèvement Obligatoires: Pression dès le SMIC?

Progressivité des Prélèvements Obligatoires sur les Salaires

L'impôt va jusque 50% pour les personnes aisées, tandis qu'il serait à 0% pour la majeure partie des Français. Mais Il ne s'agit que des impôts directs. En fait, la pression totale des prélèvements sur les revenus Français est proche de 50% dès le SMIC.
  • Le SMIC coûte 1690 euros par mois à l'employeur, l'employé ne disposera en fait que de 918 euros si l'on suppose 20% d'impôts indirects (TVA, taxes sur le pétrole). 
  • Une employée qui coûte 5000 euros par mois à son employeur ce qui la positionne parmi les 10% des ménages les plus aisés ne disposera en fin de compte que de 1986 euros mensuels. 
Les taux de prélèvements s'échelonnent entre 45% et 70% en fonction des quantiles de revenus considérés :


Le coût de l'employé est décomposé en charge patronales, cotisations sociales, impôts directs (impôts sur le revenu), et impôts indirects (TVA). En utilisant le simulateur fournit sur l'expert comptable, Le montant disponible est donc bien de l'ordre de 55% pour le SMIC et ne fait que diminuer pour atteindre 30% du salaire seulement.

Pour référence, les montants en euros de salaires et des prélèvements obligatoires sont indiqués ci-dessous pour le SMIC et les autres déciles :




Des Conséquences Néfastes sur le Plan Économique et Social


Un sous-emploi endémique se développe en France depuis 1974. La politique sociale implémentée par les gouvernements successifs pour répondre à l'évolution de la situation économique a augmenté le coût minimum du travail.

Ces taux élevés qui s'appliquent dès les plus bas salaires ont des conséquences économiques à balancer avec la provision de nombreux services publics dont l'utilité est reconnue par la majorité de la population.

Outre son impact économique, l'augmentation des prélèvements détruit le capital social français.
  • Exclusion due au chômage involontaire pour tous les travailleurs peu qualifies qui pourraient percevoir 1000 euros net par mois, tandis que le coût minimal du travail est maintenant de 1700 euros par mois. Mise en friche des bassins d'emploi peu qualifies par la délocalisation ou la faillite des entreprises françaises. Sentiment d'insécurité dans les zones défavorisées
  • Minimisation du niveau d'activité déclarée pour ceux qui jugent les ressources déclarées du ménage suffisantes. Atténuation du signal de l'utilité économique par la rémunération. Renoncement à trouver un travail plus utile économiquement.
  • Incitation à l'autarcie, au troc de services, au travail non déclaré : alors qu'un peintre (par exemple) est plus efficace qu'un amateur, le prix du peintre travail augmenté de tous les prélèvements peut être trop élevé pour un particulier dont les revenus font l'objet de plus de 50% de prélèvements. Ces travaux sont rarement faits par un travailleur déclaré.
  • Clientélisme électoral et tendance a voter les dépenses publiques payées par d'autres, dans la mesure ou l'on est disposé à minimiser son empreinte économique déclarée.
  • Suspicion envers les concitoyens, accusés alternativement d'être des assistés, des tricheurs, des fraudeurs, ou des planqués.
Nous les explorerons dans de prochains billets, et passerons en revue les solutions qui ont été implémentées ou proposées par des politiciens et des économistes pour faire face à cette situation.


Méthodologie : Déciles et Prélèvement sur les Revenu Français 

Les résultats présentés par MM Landais, Picketty et Saez vont dans le même sens que les miens, dans la mesure ou la progressivité des taxes sur les salaires est très faible. Il me semble que lorsqu'ils indiquent que la fiscalité devient régressive au-delà de 14,000 euros, cela est dû au fait que des revenus de ce niveau proviennent le plus souvent d'une accumulation de capital au sein d'une société plutôt que des salaires soumis à l'ensemble du système de prélèvement.

D'après cette étude de l'INSEE, les revenus des ménages français s'échelonnent comme suit pour les revenus nets:
  • D1: 1023/mois (revenu net du ménage par personne ou unité de consommation
  • D2: 1265/mois 
  • D5: 1680/mois (revenu net médian de 50% des Français) 
  • D9: 2787/mois (revenu net des 10% des ménages les plus aisés) 

Les chiffres de revenus mensuel net que j'obtiens sont assez inférieurs aux revenus bruts individuels indiques sur le site de MM Landais, Picketty et Saez parce que j'ai divise le revenu des ménages par le nombre d'unités de consommation. L'échelle suivante correspond à des revenus bruts:
  • D1: 1000/mois 
  • D5: 2300/mois 
  • D9: 5100/mois 
  • D99: 14000/mois 
  • D99.9: 63000/mois 
Ce dernier site implique une différence de salaire net 120euros/mois pour D5 et 1347euros/mois pour D9. Cela peut être du a des différences de méthodologie, ces différences n'affecteront pas beaucoup les taux de prélèvement totaux sur les salaires cependant.

Le calcul des charges patronales, des cotisations sociales, et des impôts ont été réalisés a l'aide du simulateur l'expert comptable.

Le taux des impôts indirect a été candidement estime au taux de la TVA de 20%. En fait, il faudrait tenir compte du fait que certaines dépenses se font au taux bonifie de 5%, alors que d'autres, notamment le carburant font l'objet de taxes plus élevées.