2020-02-16

Europa - Le Projet Fédéral Giscardien

En 2014, Valéry Giscard d'Estaing publiait Europa, la dernière chance de l'Europe. Ce livre explique la compréhension historique par cet ancien président de la construction Européenne et son expérience entre 1974 et 2014.



La ligne droite de la construction Européenne 1949 - 1990


L'UE a été fondée a partir du projet de Jean Monnet un supranationaliste qui avait travaille a un projet d'unification de la France et de l'Angleterre sous la pression de la guerre en 1939 et un projet d'Etats-Unis d'Europe entre 1955-1975. Ses cendres ont été transférées au Panthéon de Paris sur l'ordre du président Mitterrand en 1988.
  • 1949: création du conseil de l'Europe (conseil des ministres)
  • 1951: traité de Paris et création de CECA (Charbon et Acier) proposé par Robert Schumann
  • 1954: création de Union de l'Europe Occidentale, une organisation de pays de l'UE membres de l'OTAN suite au rejet de la Communauté Européenne de Défense par la France
  • 1957: traité de Rome créant la CEE, ou l'Europe des 6 (RFA, France, Italie, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg)
  • 1958: accord monétaire Européen
  • 1959: la Grèce émet le souhait de rejoindre la CEE, suivie par la Turquie en Juillet
  • 1961: l'Irlande, le Danemark, le Royaume-Uni émettent le souhait de rejoindre la CEE, suivis par la Norvège en 1962.
  • 1963: veto du Général de Gaulle a l’adhésion britannique
  • 1966: politique de la chaise vide par de Gaulle, pour que l’unanimité reste nécessaire
  • 1967: second veto du Général de Gaulle a l’adhésion britannique
  • 1973: Elargissement a l'Europe des 9 (Royaume-Uni, Danemark, Irlande)
  • 1986: Acte Unique, Europe des 12 (Espagne, Portugal, Grèce)
  • 1990: entrée en vigueur de l'Espace Schengen
  • 1990: chute du mur de Berlin, la RDA devient membre sans nouveau traité suite a une clause insérée par le chancelier Konrad Adenauer des les années 50
  • 1992: traité de Maastricht. Création de l'UE, 1) Monnaie Unique avec critères de convergence et pacte de stabilité engageant la fiscalité, 2) Europe Sociale (éducation, santé, protection des consommateurs), 3) politique d'aide aux régions défavorises. Le Royaume-Uni et le Danemark 
Ce qui avait commencé par un accord économique sur le charbon et de l'acier fut étendu. La coopération économique et politique allait en s'intensifiant pendant toute cette période.

L'ancien président relate son amitié et la volonté de coopération avec le chancelier social-démocrate Helmut Schmidt qui prédate leur accession au pouvoir en 1974.

L'UE est après Maastricht un personne juridique, et il y a une citoyenneté Européenne. La décision de créer une monnaie unique est issue d'une volonté politique, mais aussi des circonstances économiques: après la fin des accords de Bretton-Woods, le flottement des devises et les dévaluations successives sont très mal vécues en France. Une dévaluation du Franc augmente le coût des importations Allemande et des matières premières, tandis qu'une dévaluation rend l'industrie italienne plus compétitive. Tout cela crée des les années 70 un regain intérêt pour une monnaie unique qui aboutira après 20 ans.
Les traites fondamentaux de l'union sont le traite de Rome de 57, l'acte Unique de 86 et le traite de Maastricht de 92.


La Perte de Sens 1990-2014

Dans les années 90, l'ouverture des pays de l'Est a conduit a une croissance rapide de l'Europe a 28 gouvernements. La règle de l’unanimité puis de la majorité qualifiée entraîne depuis des blocages.

  • 1994: la Pologne et la Hongrie déposent leurs candidatures officielles.
  • 1995: Europe des 15, adhésion a l'UE de l'Autriche, la Suède et la Finlande
  • 1995: la Roumanie, la Slovaquie, la Lettonie, l'Estonie, la Lituanie, la Bulgarie déposent leurs candidatures officielles.
  • 1996: la République Tchèque et la Slovénie déposent leurs candidatures officielles.
  • 1997: traite d'Amsterdam (traite modificatif de préparation de l’adhésion des nouveaux pays)
  • 1999: passage a l'Euro. 
  • 2001: traite de Nice (traite modificatif des règles de majorité qualifiée)
  • 2005: NON en France au référendum sur la constitution Européenne. 
VGE est très critique du rôle de Mr Chirac qui après avoir décidé de faire un référendum plutôt qu'un vote au parlement, parce qu'il pensait que cela lui serait favorable aux élections suivantes, ne démissionna pas comme l'aurait fait De Gaulle quand il a perdu un référendum en 1969, mais dit simplement que les Français ne veulent plus de l'Europe, alors que selon VGE, ils ne voulaient plus de ce gouvernement.


Europa: "la Dernière Chance" le projet fédéral de VGE


Si l'Euro permet d’éviter l’instabilité des marches des devises, la stabilité qui s'en suit n'est qu'une stabilité réprimée si les Economies qui composent la zone Euro ne converge pas vers un meme niveau de productivité. Tous les politiciens qui supportaient l'Euro expliquaient qu'une convergence économique et une intégration politique et fiscale croissante était nécessaire pour éviter les déséquilibres économique.

Voyant que l'UE s'est étendue a 28, et comprend maintenant des pays qui ne souhaitent pas entrer dans l'Euro, et d'autres qui ne souhaitent pas une intégration politique plus poussée. VGE suggere de conserver l'UE telle qu'elle et de créer Europa, une union qui comprendrait qui souhaitent et qui sont capables économiquement d'une intégration politique avec l'Allemagne et la France.

Conclusions


L’intégration s'est arrêtée, et la divergence économique met la zone Euro a rude épreuve. Il y a selon moi deux sources de dissension.

Désaccord Fondamental au sein des Pays Riches


La construction fédéraliste s'est faite sur un accord sur les moyens mais pas sur ses fins.

Des 1985, Jaques Delors voulait construire une Europe sociale. Il tient des discours devant les syndicalistes britanniques alors que le gouvernement Thatcher s'occupe de casser les grèves. Mme Thatcher qui était pro-européenne devient eurosceptique. Le Royaume-Uni et le Danemark sont passes de la CEE a l'UE a reculons. Il s'y opposent soit par nationalisme, soit pour plus de subsidiarité. La subsidiarité est un principe anti-totalitaire qui est inscrit dans la constitution américaine mais qui est en pratique bafoué depuis une centaine d’années par le gouvernement fédéral américain.

La dernière grande initiative intégratrice fut date de 1992, illustre que chacun projetait sur la construction fédéraliste sa vision et ses objectifs personnels: alors que Jaques Delors voulait une Europe sociale, c'est une Europe libérale qui s'est construite par l’égalité devant la loi de tous les citoyens européens, le droit de circulation. L'internationalisation a surtout bénéficié aux élites.

On voit donc des socialistes Français y travailler pour remédier aux malaise social qui s'est installe en France en 1974, Jean-Luc Mélenchon, député socialiste a l’époque, demandait a ses électeurs de voter pour Maastricht pour l'Europe sociale. Les intentions du Luxembourg, des Pays-Bas et de l'Irlande sont moins coercitives et plus libérales.

Dans le camp libéral en France, Jean-Claude Trichet me semblait penser, quand il soutenait l'Euro, que c’était un moyen de juguler les socialistes Français et d'imposer a la France et la l'Italie des reformes structurelles dont elles avaient grand besoin sur le long terme.

S'agissait-il de trouver par de nouvelles ressources pour alimenter la politique sociale Française par la coercition de populations toujours plus étendues, ou de protéger les libertés l'individu d'un Etat qui ne sait que confisquer plus quand la situation empire? La question du libéralisme et la crise de la social-démocratie crée des dissensions parmi les Etat et en leur sein.


Le Choc de la Désintégration du Bloc de l'Est


L’intégration des pays de l'est était une opportunité historique unique d'augmenter l'Espace Européen. On voit que l’intégration des pays de l'Est a pris la construction Européenne a contre-pied.

Ces pays étaient aux antipodes de la convergence et de la stabilité voulue par les critères de Maastricht. Le coût de la main d'oeuvre y était beaucoup plus bas ce qui était un problème si l'on ouvrait les frontières. De plus, ces pays s'alignaient sur un consensus libéral de développement, le consensus de Washington, plutôt que d'envisager un Etat providence et une social-démocratie.

L’économiste Prix Nobel Maurice Allais s'opposait a la création de l'Euro et a l'ouverture des frontières vers ces pays, car selon lui, les dévaluations du Franc et la concurrence des bas salaire allait empirer le problème du chômage en France.

Finalement, c'est l'argument politique pour l'accueil des autres peuples européens dans un espace de liberté qui a prévalu sur l'argument économique de Maurice Allais.

Suite a l’intégration d'autant de pays désenchantés par le communisme, le consensus social-démocrate de l'Europe des 6 n'est plus majoritaire.

Il y a moins d'homogénéité économique des pays et encore moins une homogénéité idéologique.
La construction européenne ne se poursuit plus parce que les différents ne sont pas d'accord sur la route a suivre.

L'Euro a résolu le problème de la fluctuation excessive des devises apparu dans les années 70, mais on aperçoit avec le recul que ce problème n’était qu'un bouc-émissaire et que la monnaie unique ne peut se faire sans plus de transfert, ou sans reformes pour plus de flexibilité dans les domaines ou le chômage sévit.




2020-02-02

Un Siècle de Politique du Logement en France

La question du logement revient régulièrement avec urgence en France. La situation actuelle est la conséquence a long terme de décisions politiques prises "pour faire face aux urgences sociales" depuis plus de 100 ans.


Une Tendance a l'Interventionnisme 


La politique Française du logement a pris une teinte sociale depuis 1914. Comment pouvait-on financer les loyers des soldats qui ne travaillaient plus car il fallait combattre?

  • 1914: blocage des loyers 
  • 1918: fin de la guerre, mais les loyers restent bloques, maintien dans les lieux des locataires pour assurer le blocage des loyers, construction de logement 3 fois moins elevee en France qu'au Royaumes-Unis et en Allemagne dans l'entre-deux guerres.
  • Gouvernement Vichy: le passage de terrain constructible a non constructible ne donne plus lieu a indemnisation par la commune.
  • 1948: grâce a l'inflation, le loyer entrerait pour 3% du budget des ménages. Déblocage des loyers pour le neuf uniquement. Les locataires existant restent dans les lieux. Droit de maintien dans les lieux est maintenant transmissible.
  • 1954: l’abbé Pierre défend le droit au logement, création de la trêve hivernale, nationalisation de la politique sociale du logement. L'Allemagne qui a libéralisé les loyers dépasse la France en quantité de logements
  • 1957: ZUP (zone d'urbanisation prioritaire) avec barre d'immeubles
  • 1967: code de l'urbanisme confirme les décisions du gouvernement de Vichy rend les terrains non-constructibles par défaut
  • 1974-77: R Barre crée les APL
  • 1982: loi Quillot pour contrôler les loyers a nouveau, abrogée par la loi Mehagnerie (gouvernement Chirac) en 1986
  • 1989: loi Mermaz-Malandain rétabli le contrôle de loyers, durcie par Borloo et Duflot, et permet aux mauvais payeurs de rester dans les lieux plus longuement.
  • 2000: loi SRU pour une planification urbaniste accrue, des quotas de logement sociaux, et la possibilité pour les communes de contraindre les promoteurs prives a inclure des logement sociaux.
  • 2007: DALO (droit au logement opposable) rend l'expulsion toujours plus difficile. Les propriétaires institutionnels (assurances) continuent de vendre leurs immeubles résidentiels a la découpe.
  • 2014: la loi ALUR (pour un Accès au Logement et un Urbanisme Rénovée). Des "zones tendues" a Paris sont établies ou les loyers sont bloques même après le départ d'un locataire. L'OLAP  est crée afin d'encadrer le coût de la location au m2 a Paris et a Lille. 
  • 2018: La mesure est ensuite durcie et diffusée dans le reste de la France et couvre maintenant 1149 communes. La loi ELAN de 2018 prévoit l’extension des observatoires de loyers a toutes les zones tendues. Les locations touristiques sont sévèrement limitées. Les amendes encourues pour les propriétaires de location touristique louant plus de 120 jours sont de l'ordre de 15,000 euros.

Conséquences

La conséquence de toutes ces interventions est un gain a court terme pour les locataires. Nous ne sommes plus a l’époque de Balzac: cela fait 100 ans qu'on entrave la capacité des propriétaires a fixer les loyers et a se débarrasser des mauvais payeurs. Les propriétaires non-occupant n'ont ni la volonté ni les moyens d'investir plus.

Depuis 1997 cependant, la baisse des taux suite a l’arrivée dans l'Euro a contribuer a rendre les prêts immobiliers abordables, les prix on donc augmenter pour compenser la baisse des taux d’intérêt et équilibrer le coût des mensualités. Il s'agit d'un moment idéal pour vendre l'immobilier résidentiel a des propriétaires occupant.

References


Cet article n'aurait pas pu être écrit sans les excellents articles de Vincent Bernard sur contrepoints et son article de 2007 sur son blog qui explique les motivations et les conséquences de ces mesures jusqu'en 2007. Le DALO et la loi ALUR ne sont que les prolongements et durcissement de ces mesures ad pauperum.

    2019-12-16

    Le Consensus de Hans-Herman Hoppe et Thomas Picketty

    Un consensus se dégage sur la fiscalité entre Hans-Herman Hoppe et Thomas Picketty bien qu'ils défendent des objectifs différents. Nous reverrons ici leurs deux ouvrages.

    Hans-Herman Hoppe est un libértarien reconnu pour ses propositions de décentralisation maximale et de démantèlement de l'Etat. Dans son ouvrage Democracie: le Dieu qui a Échoué, il reprend l'évolution des dépenses des Etats et leur conséquence.

    Thomas Picketty est égalitariste connu en France et a l'Etranger pour ses propositions de coopération fiscale au niveau mondial afin d'augmenter la capacité confiscatoire des Etats et de permettre le nivellement des inégalités relatives. Avec la parution de Capital et Idéologie, l'auteur s’intéresse aussi a la capacité de taxation des Etats.

    Nous avons revu dans un article précédent l’évolution de l'Etat providence depuis 1870, les moteurs de cette évolution selon la Théorie des choix publics, et la période qui a précédé l'Etat Providence, c'est a dire avant 1870.

    Le Consensus de Hans-Herman Hoppe et Thomas Picketty 

    L'Impuissance Fiscale des Monarchies


    Picketty explique que les gouvernements avant le 15ème siècle ne parvenaient pas a faire travailler leurs sujet plus de dix a quinze jours par an ce qui correspond a 3%-4% du PIB). L'Empire Chinois et Ottoman, qui étaient d'une étendue plus considérable ne parvenaient qu'a prélever l’équivalent de deux journée de travail par an, soit un taux de prélèvement de moins de 1%.

    Le gouvernement des Etats-Unis se contentait de 2% a 3% de PIB de 1792 a1813. Le financement des armées coûtait 5% du PIB en Europe. A des niveaux de prélèvement de moins de 2%, il parait probable que l'Etat était incapable de fournir des services de police et de justice et se concentrait sur sa survie.

    Selon Hoppe, au moyen-age, les Etat europeens étant incapables de s'imposer a leurs sujets, ceux-ci devaient obtenir des services de police et de justice par leurs propres moyens. Cela créait une situation de concurrence entre différentes juridictions pour les service régaliens.

    Quand l'Etat n'avait pas encore le monopole de la violence légitime, il était encore "si petit que n'importe qui pouvait le noyer dans une bassine".

    La Guerre et ses Idiots Utiles


    Picketty indique que l'Europe a connu une croissance rapide de sa capacité confiscatoire entre le 16ème au 18ème siècle en raison des nombreuses guerres. On arrive alors a un mois de travail ou 8% du PIB requis par l'Etat pendant ces siècles.

    Hoppe explique que la tolérance aux impôts de ses sujets est d'autant limitée que l'usage qu'en fait un monarque est privé, et que les guerres de conquête visant a élargir la propriété du monarque n'ont aucune légitimité pour le peuple. Cela signifie que
    • le budget militaire est réduit a la richesse personnelle du monarque 
    • l'armée est composée de mercenaires, pas de conscrits
    • la guerre se doit de respecter certaines règles d'engagement, il n'est pas question d'affecter l’activité commerciale.
    La campagne de Flandres avec l’armée révolutionnaire.


    La dissension religieuse causée par la réforme a permis de légitimer des conflit comme la guerre de Trente ans et de passer de 4% a 8% d'impôts.

    La différence entre les guerres napoléoniennes et la guerre de cent ans serait donc que le roi d'Angleterre n'avait pas la légitimité auprès de ses sujets pour lever une armée de conscrits, alors que l’armée républicaine était censée se battre pour le peuple et pour ses valeurs.

    Ce n'est donc qu'avec la République Française que la Grande Armée avec un million de conscrits sera formée. Cette Armée permettra a Napoléon d'envahir l'Europe. Par la charge qu'elle occasionna aux populations locales, elle donnera naissance aux nationalismes.

    La conscription sera ainsi légitimée pour éviter l'invasion et combattre pour le peuple. La France aurait donc inventé le Jingoisme, la guerre totale ou l'effort de guerre requiert le contrôle l'ensemble de l’économie nationale.


    L'augmentation du poids de l'Etat par les Reformes Progressistes 


    Le progressisme revendique la reforme du capitalisme libéral et l'Etat Providence. L’ère progressiste commence en 1870 pour des raisons politiques diverses dans différents pays (question irlandaise en Angleterre, commune de Paris, le parti démocrate américain qui est anti-fédéral se met a défendre les pauvres au lieu de défendre les propriétaires du Sud après la défaite de la guerre de sécession).

    Elle se met en place après une maturation des revendication dont il est convient de retracer l’évolution le contexte démographique de 1800 a 1870:

    Strategies Patrimoniales et Declin Demographique des Elites

    Sous l'ancien régime, la population de la noblesse et du clergé français ont cessé de croître dés le 16eme siècle, ce qui correspondrait a une stratégie de concentration patrimoniale et d’évitement de la surproduction d’élite [cf Peter Turchyn].

    Explosion Demographique de la Populace par la hausse du seuil Malthusien

    La population française quant a elle, continuait de se reproduire au seuil malthusien des ressources qui l'exposait a la pauvreté absolue et aux disettes.

    La Pax Britannica et la révolution industrielle causent la croissance économique. Le PIB par habitant en Europe de l'Ouest augmente alors deux fois plus vite qu'en Afrique et en Asie [cette étude de l'OCDE montre les données disponibles dans différents pays]. Les travailleurs pauvres se concentrent dans les usines qui pour obtenir la sécurité du salaire. Ils choisissent l'exode rural plutôt que d'endurer les aléas de condition agricole et la disette. La dernière famine en Irlande en 1847 est une exception choquante car elle aurait pu être évitée si les propriétaires anglais s'etaient souciés moins de leurs profits que que de questions humanitaires.

    Les conditions démographiques sont telles qu'en 1850, le marché rémunère le travail ouvrier au seuil de malthusien de survie alors que des excédents important peuvent être dégagés par les capitalistes grâce a l'augmentation de la productivité.

    Un Siecle de Questionement Social

    La révolution française est loin d'avoir vu la fin du questionnement social, en France, diverses communautés comme les saint-simoniens visaient a démilitariser l'Europe et renverser l'ordre bourgeois. L'industriel Owen rencontre trois présidents des Etats-Unis et fonde l’expérience communautariste de New Harmony (les communautaristes se distinguent du communisme et du socialisme car ces derniers mobilisent et developpent la force coercitive de l'Etat quand l'experience volontaire du communautarisme echoue). Napoléon III avait écrit en 1844 L'extinction du paupérisme ou il préparait une image publique socialiste qui lui permettrait d'obtenir le pouvoir. En 1848, Karl Marx écrit son manifeste du parti communiste alors qu'une vague de revendications ouvrière dépose la monarchie française et instaure le suffrage universel.

    Les années 1870 voient le célèbre journaliste Henry George lancer l’ère progressiste aux USA, et des mouvements de reformes visant la monarchie constitutionnelle en Russie en Turquie posent la question de la représentation dans ces pays.

    Entre 1880 et 1914, entre les communistes, les socialistes, les syndicats, et les anarchistes qui ne reconnaissent plus la légitimité des gouvernement de droit divin, la pression progressiste a augmenté. Les libéraux, souvent opposés aux conservateurs glissent du laisser-faire au progressisme. En Angleterre, le jeune Churchill était avec David Lloyd George proposent le People's Budget en 1909, qui était pour reprendre leurs mots: "un budget de guerre, de guerre contre la pauvreté" qui comptair redistribuer au peuple la fortune des lords conservateurs. Il n’élimina certes pas la pauvreté, mais très habilement, il évincea du pouvoir la chambre des lords en 1911. Le parti libéral succomba ensuite en 1924 au suffrage universel et fut remplace par le parti travailliste. Churchill passa de libéral a conservateur et poursuivit sa carrière. L’impôt redistributif est mis en place aux Etats-Unis par le democrate Woodrow Wilson. Le sens du mot liberal ne s'en est jamais remis dans les pays anglo-saxons, ou ce mot signifie social-democrate.

    C'est en 1914-18 que le monde occidental a basculé alors que l'Empire Prussien, l'Empire Austro-Hongrois, l'Empire Russe, l'Empire Ottoman sont démantelés pour etre remplaces par des regimes démocratiques imposées par les Américains, les Français et les Anglais.

    Apres cette période, Hoppe et Picketty remarquent a l'unisson que les démocraties on pu augmenter le poids de l'Etat a l'occasion de guerres mondiales. Selon eux, on est ainsi passe de 10% a 35%-55% du PIB.

    Comme le remarque Picketty, un phénomène intéressant est que toutes les grandes économies ont introduites ces reformes en même temps (a 5 ans près). Bien que les crises qui les ont menées a ces reformes ont pu être soudaines, les trajectoires des différents pays (a part le bloc communiste qui s'est détaché pendant 70 ans) sont restées très similaire.

    Les Différences entre Hans-Herman Hoppe et Thomas Picketty 


    Les deux auteurs, bien que tous deux hors du consensus, ont leurs divergences. Selon Hoppe, alors que les faits sont indiscutables, leurs causes et leur interpretation peut toujours être disputée. Ainsi, la croissance de l’économie Américaine entre 1820 et 1970 est due selon certains a l’efficacité du capitalisme, pour d'autres au meilleur contrôle de l’économie par l'Etat qui doit répondre de sa bonne gestion aux suffrages de l'homme de la rue, alors que la part due au progres technologique est certainement preponderante.

    Le consensus de Washington

    Avant de présenter les idées de ces deux auteurs, il convient de rappeler le consensus économique en matière de développement et de lutte contre la pauvreté. L’économiste John Williamson propose les solutions suivantes pour des problèmes d'endettement des Etats en voie de développement:
    1. discipline fiscale
    2. orientation des priorités de dépense publique d’utilité maximale: vers les soins de sante primaire, l'enseignement primaire, et le développement d'infrastructure
    3. abaisser les taux marginaux et élargir l'assiette fiscale
    4. taux d’intérêts libres
    5. taux de changes compétitif pour favoriser l'exportation
    6. libéralisation du commerce extérieur
    7. pas de barrières aux investissement direct étrangers
    8. privatisation
    9. déréglementation
    10. protection de la propriété intellectuelle
    On lit donc en filigrane dans ce consensus, une critique des gouvernement qui tendent a trop dépenser (1), a favoriser des intérêts particulier (6), (7), (9), tout en construisant des fiefs bureaucratiques  (4), (5), (8). On voit cependant qu'un rôle actif de l'Etat est attendu pour (2) et (10).

    Un gouvernement qui fournirait ces services pèserait environ 10% du PIB. La différence avec un Etat social-démocrate vient la provision de retraites et de soins médicaux avancés qui ne sont pas nécessairement financés par des prélevement obligatoires et mais coutent toujours entre 10% et 30% du PIB.

    Le Problème de la  Démocratie selon Hoppe


    Hoppe est un libertarien. Si la monarchie a selon lui de nombreux inconvénients, la démocratie est vouée a un pire destin de par sa conception:
    • Un monarque dirige le pays pour le long terme puisque son fils va hériter du trône. Un président ne dispose du pouvoir que pour 4 ou 5 ans et se préoccupera uniquement de ses échéances électorales immédiates sans quoi il ne sera pas élu. Il y a donc une myopie structurelle de ce gouvernement.
    • Si le suffrage était étendu aux enfants de plus 7 ans, il se trouverait des politiciens pour revendiquer l’accès solidaire et gratuit a des biens publics tels que les frites et les crèmes glacées. Si la légitimité du pouvoir du peuple est un symbole fort, c'est une notion creuse en pratique. L'homme de la rue n'a pas le temps pour cela, et n'est ni un legiste, ni un administrateur ou un économiste compétent. 
    • Il faut 51% des voix pour se faire élire, il faut convaincre une partie de la population qui n'est pas consciente de ses limitations intellectuelles. L'utilisation de phrases ambiguës qui peuvent être interprétés favorablement par un maximum d'électeurs est un art que les politiciens maîtrisent. Ces hommes sans convictions ont un avantage comparatif.
    • Un gouvernement habile et passant pour légitime inventera toujours de nouveaux impôts et de nouveaux règlements afin d'asseoir son pouvoir sur le société. Ainsi, les impôts requis par un conflit majeur ne sont pas diminués a la fin des conflits.
    • Les gouvernement pour le peuple se disent tous pacifistes. Pourtant, les monarchies n'ont jamais pu développer de complexe militaro-industriel. Les guerres totales impliquaient des armées démocratiques, soviétiques, etc.
    • En l'absence de guerre, un politicien habile trouvera toujours des moyen d'augmenter le poids de l'Etat sur la société, et les problèmes économiques que cela causerait seront la justification pour plus d'interventions et un poids toujours plus lourd. Ainsi, en 1964, Lyndon Johnson lance une guerre contre la pauvreté qui crée un besoin permanent de programmes sociaux. Le People's Budget de Churchil 1909 était censé éradiquer la pauvreté. Ainsi, les politiciens européens proposent programme de transition écologique solidaire qui devrait coûter aussi cher que l'Etat providence et qui selon Hoppe, participe de la même logique.
    • Sur le long terme, la confiscation des choses désirables en vue de leur redistribution font que moins de choses désirables sont produites. Plus d'assurance sociale est requise. La discussion sur le revenu universel apparaît donc naturelle après que 60 ans de politique de lutte contre la pauvreté (Great Society de Lyndon Johnson) a débouché sur un chômage structurel de masse qui garanti une clientèle aux politiciens socio-democrates.

    La critique de la démocratie n'est pas chose facile tant les politiciens de tous bords et les manuels d'histoire se sont efforces de faire passer ce terme dans la sphère du consensus.

    Winston Churchill est connu pour avoir dit que la démocratie est le pire des régimes excepté tous les autres. Il s'est bien gardé d'expliciter ce bon mot. En bon politicien, il laisse a chacun de projeter ses propres raisons.

    Hoppe decrit les mecanismes qui determinent l'augmentation du poids de l'Etat puis constate les fait. Il suggère son démantèlement et la décentralisation. Son argument est que la démocratie n'est qu'en apparence un progrès et qu'elle porte le germe de la décadence.


    Le Problème de l’inégalité selon Picketty


    Alors que Hoppe présente dans l'histoire du 19eme et du 20eme siècle un déterminisme qui pousse la démocratie a l'obésité administrative et détruit la société en substituant au tissu social traditionnel une relation de codépendance a l'Etat, le combat de Picketty est pour un Etat beaucoup plus confiscateur et dont les moyens sont amplifiés.

    Picketty considère que l'histoire du 19eme et du 20eme siècle est l'histoire de la montée des inégalités quand la croissance de l'économie libérale n'est pas arrêtée par une guerre mondiale qui nivelle tout par la dévastation. Picketty voit donc une tendance naturelle a l'accumulation capitaliste, et l'histoire d'un combat par les Etats contre l'inégalité.

    Il indique qu'il ne s'agit pas de déterminisme historique, et que les trajectoires des différent pays montrent des embranchements ou des choix fondateurs ont du être fait dans le feu de l'action.

    L’échec de l’expérience communiste tient selon lui au fait qu'ils ont nationalise les petites entrepreneurs. Une expropriation plus graduelle des entrepreneurs permettrait selon lui une expérience socialiste viable.

    L'Inegalite Relative avant la Reduction de la Pauvrete

    L'inégalité est pour lui une source de fascination, et il a consacré plus de 20 ans de travaux a son étude. Il a contribué a une base de donnée en ligne des inégalités qui est organisée de telle façon qu'on ne peut la consulter que pour évaluer l'évolution des inégalités relatives. L'information nécessaire a cette base, qui permettrait de réévaluer les inégalités si on change de frontière (groupe de pays, monde), d'évaluer l’évolution de la pauvreté ou de la richesse absolue (revenus au dessous ou au dessus d'un certain seuil) n'est en revanche pas disponible.

    La SFIO (Section Française de l'Internationale Ouvrière), a changé de nom pour devenir le PS (Parti Socialiste) en 1969 quand il est devenu évident que la réduction des inégalités locales serait un thème bien plus mobilisateur pour l’électorat populaire qui commençait a ressentir la concurrence internationale.

    Picketty s'inscrit dans cette ligne idéologique car il ne s’intéresse pas au seuil de pauvreté absolu. Ces données économiques cruciales sont passées sous silence par son choix éditorial. Il est également l'auteur d'articles assez pousses sur la segmentation et le marketing électoral.

    Vers un Controle Mondial des Proprietes par les Politicien

    Il propose une coordination mondiale sur le plan fiscal qui permettrait aux Etats de passer au niveau ultime en terme de pouvoirs confiscatoires. Picketty est en général réservé dans ses jugement. Il y a cependant un personnage du XXeme siècle qu'il critique. Ce n'est pas Hitler ou Staline, c'est F Hayek, l’économiste autrichien qui abandonna dans les années 30 la polémique contre l’interventionnisme Keynésien pour se consacrer a la lutte contre le totalitarisme et écrivit la route de la servitude. Son livre eut un très fort retentissement et a soutenu la résurgence du libéralisme américain après la guerre. Picketty note ad hominem, que ce dernier est allé donner des conseils de gestion libérale au Chili sous le dictateur Pinochet.


    Conclusion


    Mr Hoppe et Picketty sont deux auteurs d'une érudition exceptionnelle. Ces deux auteurs ont de nombreuses convergences. 

    On notera la critique par Hoppe l'analyse des motivation humaines qui explique les problèmes de la démocratie, une vision originale de l’émergence de complexes militaro-industriels dans les sociétés a gouvernement a légitimation populaire (démocraties, communisme, national-socialisme), argument qui est repris par Noam Chomsky, et peut être aussi par le président Eisenhower [video].

    Hoppe est un anarchiste plutôt qu'un minarchiste (il préfère aucun Etat plutôt qu'un Etat minimal): au lieu de préconiser un retour a un Etat avec un budget de 10% du PIB (ce qui lui permettrait de s'occuper de l’éducation primaire, la santé publique) comme le ferait un Etat libéral au sens du consensus, ou de 5% du PIB, ce qui lui laisserait uniquement le contrôle de la police et la justice, il suggère de finir le travail de démantèlement et que ces fonctions soient également concurrentielles. En cela, il va bien plus loin que ses modèles du Lichtenstein et de Singapour.

    L'analyse de Picketty de la différence entre le capitalisme participatif qui a fonctionne dans les grandes entreprises en Allemagne et en Suède, alors que l'expropriation s'est soldée par un échec en URSS soulève un point intéressant. Sa description des trajectoires parallèles des différents pays et des embranchements critique ou un choix dut être fait par des hommes d'actions est très éclairante. Enfin l'expression "Gauche Brahmane et Droite Marchande" est marquante.

    Cependant, avec sa passion pour les inégalités relatives, sa justification des pleins de pouvoirs de l'Etat tous azimuts pour assurer la justice sociale, la justice environnementale, la justice identitaire, l’éducation universitaire pour tous, Picketty reprend tous les thèmes connus qui permettrait de justifier un Etat plus gros sans jamais s’intéresser des sujets moins porteurs tels que l'éradication de la pauvreté absolue. Picketty est un expert du positionnement électoral de la gauche, et l’édition de son ouvrage cible les différents segment électoraux qu'il entend influencer. 






    2019-12-07

    Librairie Papeterie pour Noel

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    2019-10-13

    La Politique d'Accession à la Propriété: Cause d'Inégalité?



    Comment des personnes qui gagnaient peu dans les années 80 sont devenus propriétaires rentiers a Londres, San Francisco, Hong Kong ? Par un concours de circonstances qui ne se reproduira pas, la richesse est ailleurs.

    Dans son livre de 2017, Josh Ryan Collins nous invite à repenser l'économie de la propriété immobilière et du logement. Si le sujet a pu paraitre ambitieux à son auteur, il se concentre principalement sur l'évolution de la propriété immobilière au Royaume-Uni. Une évolution similaire a en effet eu lieu dans beaucoup de pays suite à la baisse des taux et aux incitations fiscales faisant de l'immobilier une niche d'investissement particulièrement attrayante.

    Il ne s'agit pas d'un phénomène structurel d'accumulation capitaliste des profits par l'exploitation des travailleurs, mais de paris risqués dans les années 1985-2005 qui réussirent là ou les circonstances économiques et fiscales étaient les plus propices. Ces preneurs de risques ont bénéficié de ce développement urbain tandis que les locataires aisés qui s'installent dans ces villes doivent consacrent une part importante de leur revenus aux loyers.



    Histoire de la Propriété Immobilière


    Collins commence par une analyse de l'historique de la propriété en Angleterre : le mouvement des enclosures au 16e siècle transforme des champs communs en propriété privée. A l'époque des économistes classiques, la valeur immobilière procède de la fertilité et du rendement agraire des sols. Ce droit de propriété est important pour le développement comme l'explique De Soto car il permet aux exploitants d'emprunter pour développer leur activité.

    Selon Collins, le droit de propriété libère en tant qu'il permet le développement. Puis, reprenant en cela l'argument des communistes les plus durs, l'auteur dit que ce droit constitue un vol dans la mesure ou il dépouille les autres du droit à une parcelle de terrain qui ne peut pas être recréé par l'industrie et dont il a l'usage exclusif. Il s'agit d'une redéfinition : le vol correspond à un transfert de propriété illégitime ou on dépouille l'autre sans son accord, alors qu'un transfert de propriété légitime se fait dans le cadre d'un accord du propriétaire précédent.

    Avec la révolution industrielle, la richesse se concentre dans l'industrie et le terrain se trouve relégué au second plan derrière l'investissement en bâtiment d'usines et en machinerie. Il n'est plus différencié des autres formes de capital tangible par les économistes néo-classique et se retrouve dans l'agrégat PP&E (property, plant & equipement).

    En 1879, Henry George publie Progrès et Pauvreté, un livre qui propose de taxer la propriété de terrain et de ressources naturelles afin d'éviter l'extraction de rente. Ce livre participera au début de l'ère progressiste, mais ce n'est pas finalement sa proposition qui sera retenue et un impôt sur le revenu plutôt que sur la propriété sera développé. Selon Collins, la proposition de Henry George était préférable.

    La social-démocratie et la reconstruction après la seconde guerre mondiale conduiront à une augmentation significative de la part du logement social public jusque dans les années 70. Ce système de logement social devait correspondre à une subvention collective des moins fortunes. En pratique, certains de ces locataires font partie du décile P90, des plus hauts revenus. On évite de faire partir les riches car la mixité sociale et la présence de familles en ascension sociale est très importante pour donner l'exemple.

    Cependant, dans les années 60 et 70, différents avantages fiscaux sont créés en faveur des propriétaires de résidence principale. Il s'agit de l'exemption de plus-value, de l'exemption des intérêts d'emprunt, et la part des propriétaires occupants augmente dans la population.

    À Part Peut-être Madame Thatcher...


    À partir des années 80, le gouvernement Thatcher offre aux locataires sociaux la possibilité d'acheter leur appartement. Les plus riches locataires sociaux en profitent tout de suite.

    Les prêts immobiliers que seules les "building societies" (sociétés mutualistes de financement immobilier) pouvaient accorder sur des critères conservateurs ont été dérégulés. Ils subissent la concurrence des banques qui causent la diminution de l'apport initial. Enfin, la baisse des taux, phénomène mondial, va accélérer le mouvement d'accession à la propriété.

    La conséquence de cette politique est que l'électeur médian en Angleterre n'est plus un locataire mais un propriétaire, et cela change tout quant à l'agenda fiscal poussé par les politiciens.

    Financiarisation et les Années 90


    Après la crise de 1992, qui avait culminé avec des taux à 15 % dans un pays ou les taux des prêts sont flottant, les taux n'ont fait que baisser. Cela a nourri une hausse constante des prix immobiliers de 1992 à nos jours.

    En 1997, la relocalisation dans la City de nombreux professionnels des marches financier de la zone Euro a contribué à améliorer nettement la solvabilité de la demande locative a Londres.

    Cela s'est traduit par ce que l'ancien gouverneur de la banque d'Angleterre Mervyn King appelait la décade "NICE" (No Inflation, Continuous Expansion). L'auteur explique comment chaque nouvelle vente de la même maison à un prix plus élevé se traduit par un crédit et donc une création monétaire qui est réinjectée dans l'économie et nourri la croissance au profit des propriétaires.

    Dès la fin des années 90, La financiarisation poussée du crédit immobilier par la titrisation pousse les créances hors bilan et permet aux banques d'émettre encore plus de prêts.

    Extraction de Rente : Un Phénomène Limité ?


    Les économistes classiques distinguaient comme revenus le salaire, les profit et la rente comme revenus du travail, du commerce et de l'industrie, et de la propriété. Contrairement aux deux autres, la rente a mauvaise presse en général car elle ne correspond pas à une activité. Elle est nécessaire cependant pour fournir un revenu aux inactifs. Par exemple, les retraités français sont des rentiers qui extraient leur rentes des cotisations payées par les actifs.

    En 1996, la ville de Londres me semblait bien pauvre, les toilettes de mon hôtel 4 étoiles n'avaient pas été rafraichis depuis 50 ans. Je m'y suis installé en 97. Je pensais qu'il était trop risqué d'acheter avec un taux flottant dans une devise qui n'avait pas la stabilité de l'Euro. En 1999, un propriétaire me faisant visiter un appartement dans un quartier "en développement" m'expliquait dans un anglais approximatif que c'était la quatrième propriété qu'il venait d'acheter, et que la gentrification était telle qu'il n'aurait plus jamais besoin de travailler. En 2001, c'est un voiturier qui me tient le même discours et qui lui possède 3 maisons. En 2005, c'est un parent d'élève qui me dit qu'il a arrêté de travailler depuis qu'il s'est rendu compte qu'il gagnait plus d'argent grâce à la hausse de l'immobilier Londonien qu'en travaillant pour un salaire.

    Lorsque l'on analyse les inégalités dans ce pays on distingue donc les propriétaires qui ont pris des risques dans les années 80-90, investissant à taux flottant avec un levier de 20 ou 30, et d'autre part des locataires qui se sont contentés de leur salaire et qui sont en fin de compte bien plus pauvres, et qui étaient amplement taxes sur les revenus de leurs économies.

    Alors qu'un banquier se sentait aisé en travaillant à Londres entre 1997 et 2006, ceux qui y travaillent à présent ont du mal à faire face aux dépenses avec leur salaire. La fiscalité de l'immobilier a permis aux preneurs de risques de se constituer une rente aux dépens de la fine fleur diplômée des meilleures universités du continent qui vient travailler ans cette ville.

    Alors que l'ouvrage de Mr Collins a vocation universelle, son analyse est particulièrement pertinente pour les villes qui attirent des professionnels à hauts revenus. On pense aussi à San Francisco, ou Hong Kong. Un des mérites de cette analyse est de montrer que le phénomène immobilier Londonien que l'on pourrait croire aussi ancien que la ville s'est en fait déployé sur une période plutôt courte depuis la fin des années 80.

    À Londres comme à Hong Kong ou San Francisco le cadre fiscal et réglementaire incitatif ont permis aux preneurs de risques de faire fortune alors que les taux baissaient et que cette ville attirait de plus en plus de professionnels à hauts salaires. La majorité de résidents habitant a tendance à voter pour moins de développement et pour limiter les nouvelles constructions.

    Ce modèle va être plus dur à reproduire ailleurs car les taux ne vont plus baisser de 10 % mais il convient de surveiller l'évolution de la fiscalité et la croissance démographique de long terme des villes ou l'on pense investir.



    2019-10-01

    L'Histoire des Régimes de Propriété en France

    Consensus sur l'inégalité et Controverse sur la redistribution


    Nous avons déjà eu l'occasion de décrire l'évolution de l'État-Providence dans un billet précédent, et de mieux comprendre ses prédécesseurs traditionaliste puis libéraux. La parution du livre Capital et Idéologie de Thomas Picketty nous donne l'occasion de revoir les fondements sociaux et idéologiques des régimes antérieurs à l'État-Providence en France.

    Il y a déjà consensus sur l'inégalité. Son livre précédent, Capital au XXIe siècle, illustrait la disparition et la réapparition des inégalités dans les pays développés au cours du XXe siècle, même si certaines statistiques font l'objet de discussion.

    Il y a encore controverse sur la redistribution notamment dans le contexte français :
    • les alternatives socialistes se soldent par l'extinction des libertés et l'inefficacité économique.
    • le libéralisme est plus incitatif et stimulant car il récompense les producteurs de richesse.
    Vaste programme: l'ouvrage entreprend d'élargir le champ d'investigation tous azimuts pour mieux jauger les conséquences de différents régimes de propriété sur la société.

    Nous nous contenterons dans ce billet d'examiner les chapitres sur l'ancien régime et la société libérale du XIXe siècle qui a évolué vers la social-démocratie entre 1871 et 1918.

    L'Ancien Régime


    La société française de l'ancien régime était divisée en trois ordres :
    1. le clergé - gardiens des valeurs et de la cohésion sociale, 
    2. la noblesse - ordre guerrier protecteur du pays, 
    3. le tiers-état - les travailleurs. 

    Il suffit de se promener dans Paris du Palais Royal au Louvre pour constater que l'élite française a su extraire du peuple de quoi financer ses grands projets.

    Cette division existait partout en Europe et n'est pas unique à l'occident puisque l'Inde et le Japon connaissaient une division similaire ou les ordres religieux et guerrier étaient privilégiées.

    Alors que la révolution institue l'égalité devant la loi, la monarchie était constituée d'une mosaïque de statuts coutumiers différents. Ces droits de propriété étaient assortis de souveraineté: droit de lever certains impôt et de rendre justice. La monarchie absolue tant critiqué par Montesquieu ne donnait pas en fait assez de pouvoir au roi en 1789 pour lever l'impôt. L'absolutisme serait donc un mythe créé par les républicains lorsqu'ils ont réécrit l'histoire de France pour justifier leur avènement.

    Le clergé et de la noblesse représentent entre 4% et 2% de la population. Cette élite possédait environ 50% de la richesse patrimoniale:
    • Le clergé possédait environ 25% du patrimoine national. Une partie de cet argent était utilisé pour l'aide aux indigents, l'éducation et la cohésion sociale. 
    • La noblesse possédait l'autre quart du patrimoine national. Le pouvoir des guerriers semblait légitime quand le territoire avait besoin d'être défendu contre les invasions, mais l'extraction de rente devint patente quand les châteaux-forts furent remplacés par des palais.
    La population des deux ordres supérieurs se stabilise au 17e siècle sous l'effet d'une transition démographique par souci de concentration patrimoniale. La population du tiers-état double durant le 18e siècle. Ce facteur influence l'age et l'ambition des jeunes avocats roturiers en surnombre qui viendront participer à la convention, et la tendance a l'immobilisme du clergé et de la noblesse en 1789.

    L'abolition des privilèges conduit au transfert au bénéfice de l'État du cens qui devient taxe foncière et des lods qui deviennent les droits de mutation à titre onéreux.

    Condorcet pensait que la fin de ce régime permettrait à "la tendance naturelle de la société humaine a l'égalité" de réapparaître dès que ces inégalités en droit seraient abolies. On voit que les théories sociales gagnent a être revues avec l'expérience.

    Il n'y a pas de tradition propriétaire unifiée dans l'ancien régime, mais un morcellement coutumier de la propriété mélangée avec de la souveraineté, de valeurs traditionnelles imposées par un ordre totalitaire et justifiées d'un vernis religieux.

    La Société Libérale du XIXe


    L'apparition soudaine du droit de propriété semble un peu déracinée dans la présentation de Picketty, qui rebaptise le libéralisme en "propriétarisme" pour mieux isoler la composante qu'il souhaite réformer.

    Il me semble que le libéralisme défend d'abord la liberté en réaction à la répression de la rationalité par la pensée traditionnelle et à l'extraction de rente par les élites de l'ancien régime. L'égalité devant la loi vient du droit romain. La révolution restaure un principe fondamental, celui d'une justice impartiale, et "aveugle" quant aux circonstances particulières. La société libérale a un fondement légal avant d'être économique, c'est cette égalité devant la loi et le droit de propriété qui sont les fondations de la liberté.

    De fait, l'État définit des structures qui encouragent l'accumulation de patrimoine. Les droits de successions furent établis à un taux unique de 1%. Et leur but était l'enregistrement des propriétaires pour mieux les défendre. Ainsi, La création d'un timide barème progressif de droit de succession allant de 1% a 1,5% fut rejetée par principe.

    Le clergé, qui disposait dans l'ancien régime de 25% des ressources pour assurer la cohésion sociale et a été dépossédé. La richesse dont disposent les organisations caritatives ne dépasse plus 6% dans aucune société moderne. Le régime libéral s'accompagne d'une augmentation des inégalités à un niveau supérieur encore à celle de l'ancien régime puisque le centile le plus riche parvient à accumuler 70% du patrimoine total en 1914 alors que les 70% les plus démunis meurent sans aucun bien.

    Les déclarations successorales montrent aussi la remarquable diversification qui s'opère dans les patrimoines parisiens durant la belle époque entre 1880 et 1914. Il s'agit de la première mondialisation capitaliste. Le capitalisme est une conséquence du développement industriel, du libre échange et de la financiarisation de la société libérale.

    Le capitalisme est enfin le germe de conflit sociaux : dans la littérature du 19e, le patrimoine est perçu avant 1820 chez Balzac et Austen comme garantissant au retraité bourgeois un revenu stable à 5% sans inflation et sans conflit avec les travailleurs, tandis que la question sociale se développe chez Victor Hugo et Charles Dickens en 1850, pour atteindre son apogée en 1885 avec Émile Zola.

    Cette période s'achève à la veille de la Grande guerre avec l'introduction d'impôt sur le revenu progressif qui culmine à un taux de 2% seulement pour les mieux nantis, mais les guerres et les besoins du gouvernement ne tarderont pas de le faire grossir.

    Social-démocratie et Curseur Redistributif


    Comme l'explique Rene Passet, la forte croissance économique mondiale en temps de paix depuis deux cents ans est le fruit d'une maturation scientifique de l'occident. Elle s'est traduite par des progrès technologiques dans la maitrise de l'énergie fournie par le bois, le charbon minier, puis le pétrole, et de l'information par le courrier postal, le télégraphe, téléphone, puis les réseaux de données. Toute la question est de comprendre quelles institutions ont favorisé un tel progrès.

    Des libéraux comme Ayn Rand attribuent ce progrès technologique à un régime propriétaire bourgeois qui incite à appliquer la science, à pousser l'efficacité pour produire de la richesse. Cela contraste avec l'ancien régime ou avec différentes formes modernes de dirigisme qui confisquent les fruits de l'initiative productive. L'extraction de rente auprès de l'État est dans ce cas le meilleur moyen de réussite.

    Le fonds de commerce de Picketty est l'étude des inégalités patrimoniales. Il dénonce un ultra-capitalisme importé par la mondialisation comme la cause des problèmes économiques français. Sa solution est encore de pousser encore le curseur redistributif à fond à gauche mais cette fois-ci dans tous les pays en même temps. Il faut regarder la Corée du Nord pour apprécier la capacité du dirigisme à annuler les effets de 70 ans de progrès technologique offert aux pays émergents.

    Les sociaux-démocrates attribuent la forte croissance économique de l'après-guerre à la prévalence au niveau mondial d'un régime redistributif, qui permet l'accès de tous à l'éducation et élève l'activité économique en favorisant un niveau élevé de consommation. Depuis 1970, la croissance économique est atone dans les social-démocraties dont les systèmes redistributifs sont les plus "murs" alors que la situation économique est meilleure dans les pays plus libéraux. De même, des flux redistributifs accrus ne semblent pas aider la cohésion de l'Italie du Sud a l'Italie du Nord, de la banlieue de Neuilly avec d'autres banlieues... La théorie des choix publics avance une explication basée sur un effet de cliquet des dépenses publiques.

    Se pourrait-il que le curseur redistributif ait été poussé trop à gauche en France au vu de ce que permet son capital social ? Par exemple, la Suisse ou l'Amérique sont dans une meilleure situation économique que la France, alors que l'Argentine qui s'obstine depuis 70 ans dans un projet de "justice sociale" a vu sa richesse par habitant chuter sur toute cette période.


    Après Paris, Promenez-vous dans Buenos Aires pour méditer si l'économie allait mieux avant la justice sociale.
    La situation actuelle n'est pas le produit d'un déterminisme historique mais d'une série de choix faits face aux événements, de compromis pragmatiques en présence de forces opposées et d'information incomplète. Nous avons vu comment la France est passe de l'ancien régime a une société libérale, puis a la social-démocratie. Une évolution similaire a eu lieu dans les autres pays, nous reviendrons sur certains d'entre eux dans de prochains billets.


    2019-08-05

    L'Opinion Publique

    Walter Lippmann est un pionnier de l'analyse de la formation du consensus et de l'opinion publique. Il préconise de préparer l'information distribuée aux médias afin d'assurer une représentation uniforme des faits sociaux, assurer la cohésion sociale, et éviter les dérives totalitaires. Ses travaux, en soulignant la fragilité de l'opinion publique en démocratie, sont un texte fondateur pour l'étude des médias et donne une grille de lecture de ses nombreux prolongements : Fenêtre d'Overton, Sphères de Hallin, Fabrication du Consentement, ainsi que pour le passage des médias de masse à internet : chambres d'écho idéologiques, radicalisation, polarisation de la société.

    Un Ouvrage Fondateur


    Opinion Publique est un livre de Walter Lippmann, publié en 1922. C'est une critique du fonctionnement des démocraties suite à la formation d'opinions divisives et irrationnelles sur les faits sociaux, de leur influence sur les comportements individuels, et de leur effet délétère sur la cohésion sociale. C'est un texte fondateur dans l'étude des médias, en sciences politique, et en psychologie sociale par sa description détaillée des limitations cognitives des individus face à leur environnement socio-politique et culturel, limitation qui les conduit à utiliser un catalogue évolutif de stéréotypes pour interpréter la réalité.

    Pseudo-environnement


    L'environnement réel est à la fois trop vaste, trop complexe, et trop changeant pour être appréhendé correctement. Chaque homme construit un pseudo-environnement qui est une image subjective et simplifiée de la réalité. Dans une certaine mesure, chacun de ces pseudo-environnements est une fiction. Les gens vivent dans le même monde, mais ils pensent et ils ressentent dans des mondes différents.

    Le comportement humain s'inscrit dans le cadre du pseudo-environnement, mais il donne lieu à des actions bien réelles. Le pseudo-environnement est donc une fiction, et son alignement au sein d'une population est d'une importance primordiale pour permettre une action cohérente. L'ouvrage présente l'influence des médias sur ce cadre perceptif stéréotypé.


    Le ministre des finances de Louis XVI par Vigée le Brun. Il ne put mener ses réformes fiscales jugées inacceptable en 1787 par l'assemblée des notables qu'il avait pourtant triée sur le volet. L'opinion était trop divisée.

    La Liberté guidant le peuple par Delacroix. Les états-généraux furent convoques par le ministre Necker qui surpondéra le tiers-état afin de passer outre les privilèges des notables et obtenir les moyens de résoudre la crise

    Nouvelles et Vérités


    Un fait ne peut pas être présenté exactement. La description d'un événement nécessite une composition, un arrangement et une interprétation. Ceux qui sont le plus au courant des faits concernant un environnement construisent un pseudo-environnement qu'ils communiquent au public et qui est aligné avec leurs propres stéréotypes et leur lecture subjective de la réalité. Les médias en tant que véhicules de transmission de l'information sont particulièrement vulnérables à la manipulation.

    Les médias ne sont pas les seuls responsables de telles manipulation. La responsabilité incombe également à certains membres du public qui consomment les nouvelles avec peu d'engagement intellectuel. Avec les conséquences suivantes :

    • Le public consommateur achète aux médias de masse une information qui lui permet de comprendre le monde. Le public est sélectif et paiera le moins possible pour une représentation qu'il entend être fidèle et cohérente de la réalité. "Alors que pour un dollar, on ne peut même pas obtenir une poignée de bonbons, pour un dollar ou moins, les gens espèrent une représentation exacte de la réalité." 
    • Les journaux sont avant tout des entreprises qui doivent vendre leur produit et s'efforcent de maintenir une image professionnelle et objective de leur travail.
    • Seules les nouvelles de sources officielles sont présentées car le reste n'est pas confirmé et pourrait être accusé de canard. Les nouvelles non officielles ou privées sont indisponibles.
    • Les nouvelles signalent des changements. Ces signaux sont la conséquence délibérée de la politique éditoriale d'un media. Le journalisme façonne l'opinion publique.

    Fabrication du Consentement


    Quand elle est déployée dans l'intérêt général, la Fabrication du Consentement est utile et nécessaire à la cohésion sociale. Dans bien des cas, l'intérêt commun du public n'est pas évident sauf après une analyse attentive des données. Cette analyse est un exercice critique qui est hors de portée pour la plupart des gens, soit qu'il ne les intéresse pas, ou qu'ils en soient incapables. Pour cette raison, la plupart doivent avoir l'information résumée et présentée par les personnes les mieux informées, après quoi ils peuvent agir en conséquence.

    L'élite politique figure parmi les personnes incapables de comprendre par eux-mêmes l'environnement invisible et complexe qui déterminent les affaires d'un État moderne. Lippmann propose qu'une classe professionnalisée de spécialistes collecte et analyse les données, et présente leurs conclusions aux décideurs d'une société. Ceux-ci à leur tour utilisent l'art de la persuasion pour informer le public des circonstance et des décisions qui les affectent.

    Opinion Publique suggère que le pouvoir de la propagande et la connaissance spécialisée requise pour des choix politiques dans l'intérêt public ont rendu la démocratie traditionnelle impossible.

    Réception et Influences

    Walter Lippmann a conseillé des présidents américains dans les années 30. Il visait à ce que l'État libéral ou libertaire fabrique un consensus et une vision sociétale cohésive pour combattre  les idéologies totalitaires qui ont une propagande très efficace sur les masses, et qui fleurissent dans le terreau de la division sociale (que ce soit le communisme basés sur l'opposition des pauvres et des riches, ou les fascistes et leur opposition identitaire et nationaliste).

    L'ouvrage de Lippmann apparait en 1922, 4 ans après la fin de la première guerre mondiale et 9 ans après la création de l'impôt sur le revenu. Il allait donc encourager l'utilisation des fonds considérables levés par l'administration fédérale pour développer des bureaux de statistiques spécialisés. On pense au NBER (1920), FTC (1914), FDA (1906), BLS (1884). Le montant élevé et la pérennité de l'impôt fédéral allait sceller la supériorité de la politique fédérale sur la politique des États de l'union.

    Le concept de fabrique de consentement a été repris et développé par d'autres auteurs :
    • La fenêtre d'Overton suppose que le discours politique est restreint par une fenêtre d'opinion publique. Il existe une gradation de l'impensable au radical, du radical au raisonnable, du raisonnable au populaire, et le politicien ne peut proposer que des politiques dans un champ restreint. 
    • Les sphères de Hallin décrivent une catégorisation par les médias des opinions entre sphère du consensus, sphère de controverse légitime, et sphère de l'opinion déviante. Indépendamment du mérite d'une opinion, un journaliste défendra donc ce qui fait partie du consensus de son public, organisera des débats dans la sphère de controverse légitime, et censurera les opinions jugée comme déviante. Par exemple, l'abolition du contrôle des loyers en France, ou la mise en place d'une assurance maladie universelle aux États-Unis sont des idées déviantes hors du champ du débat politique acceptable quand bien même ces mesures font partie du consensus dans d'autres pays.
    • le socialiste Noam Chomsky a écrit un livre inspiré des théories du néo-libéral Walter Lippmann: La Fabrication du Consentement par lequel il explique comment les médias aux États-Unis. ont pu soutenir des interventions militaires désastreuses à l'étranger et censurer le discours politique concernant l'assurance maladie universelle. .
    • Plus récemment, des analyses montrent des effets d'amplificateur, de radicalisation et de chambre d'écho sur internet, et la polarisation de la société. Les sphères de Hallin commenceraient ainsi à se séparer.