2019-08-05

L'Opinion Publique

Walter Lippmann est un pionnier de l'analyse de la formation du consensus et de l'opinion publique. Il préconise de préparer l'information distribuée aux médias afin d'assurer une représentation uniforme des faits sociaux, assurer la cohésion sociale, et éviter les dérives totalitaires. Ses travaux, en soulignant la fragilité de l'opinion publique en démocratie, sont un texte fondateur pour l'étude des médias et donne une grille de lecture de ses nombreux prolongements : Fenêtre d'Overton, Sphères de Hallin, Fabrication du Consentement, ainsi que pour le passage des médias de masse à internet : chambres d'écho idéologiques, radicalisation, polarisation de la société.

Un Ouvrage Fondateur


Opinion Publique est un livre de Walter Lippmann, publié en 1922. C'est une critique du fonctionnement des démocraties suite à la formation d'opinions divisives et irrationnelles sur les faits sociaux, de leur influence sur les comportements individuels, et de leur effet délétère sur la cohésion sociale. C'est un texte fondateur dans l'étude des médias, en sciences politique, et en psychologie sociale par sa description détaillée des limitations cognitives des individus face à leur environnement socio-politique et culturel, limitation qui les conduit à utiliser un catalogue évolutif de stéréotypes pour interpréter la réalité.

Pseudo-environnement


L'environnement réel est à la fois trop vaste, trop complexe, et trop changeant pour être appréhendé correctement. Chaque homme construit un pseudo-environnement qui est une image subjective et simplifiée de la réalité. Dans une certaine mesure, chacun de ces pseudo-environnements est une fiction. Les gens vivent dans le même monde, mais ils pensent et ils ressentent dans des mondes différents.

Le comportement humain s'inscrit dans le cadre du pseudo-environnement, mais il donne lieu à des actions bien réelles. Le pseudo-environnement est donc une fiction, et son alignement au sein d'une population est d'une importance primordiale pour permettre une action cohérente. L'ouvrage présente l'influence des médias sur ce cadre perceptif stéréotypé.


Le ministre des finances de Louis XVI par Vigée le Brun. Il ne put mener ses réformes fiscales jugées inacceptable en 1787 par l'assemblée des notables qu'il avait pourtant triée sur le volet. L'opinion était trop divisée.

La Liberté guidant le peuple par Delacroix. Les états-généraux furent convoques par le ministre Necker qui surpondéra le tiers-état afin de passer outre les privilèges des notables et obtenir les moyens de résoudre la crise

Nouvelles et Vérités


Un fait ne peut pas être présenté exactement. La description d'un événement nécessite une composition, un arrangement et une interprétation. Ceux qui sont le plus au courant des faits concernant un environnement construisent un pseudo-environnement qu'ils communiquent au public et qui est aligné avec leurs propres stéréotypes et leur lecture subjective de la réalité. Les médias en tant que véhicules de transmission de l'information sont particulièrement vulnérables à la manipulation.

Les médias ne sont pas les seuls responsables de telles manipulation. La responsabilité incombe également à certains membres du public qui consomment les nouvelles avec peu d'engagement intellectuel. Avec les conséquences suivantes :

  • Le public consommateur achète aux médias de masse une information qui lui permet de comprendre le monde. Le public est sélectif et paiera le moins possible pour une représentation qu'il entend être fidèle et cohérente de la réalité. "Alors que pour un dollar, on ne peut même pas obtenir une poignée de bonbons, pour un dollar ou moins, les gens espèrent une représentation exacte de la réalité." 
  • Les journaux sont avant tout des entreprises qui doivent vendre leur produit et s'efforcent de maintenir une image professionnelle et objective de leur travail.
  • Seules les nouvelles de sources officielles sont présentées car le reste n'est pas confirmé et pourrait être accusé de canard. Les nouvelles non officielles ou privées sont indisponibles.
  • Les nouvelles signalent des changements. Ces signaux sont la conséquence délibérée de la politique éditoriale d'un media. Le journalisme façonne l'opinion publique.

Fabrication du Consentement


Quand elle est déployée dans l'intérêt général, la Fabrication du Consentement est utile et nécessaire à la cohésion sociale. Dans bien des cas, l'intérêt commun du public n'est pas évident sauf après une analyse attentive des données. Cette analyse est un exercice critique qui est hors de portée pour la plupart des gens, soit qu'il ne les intéresse pas, ou qu'ils en soient incapables. Pour cette raison, la plupart doivent avoir l'information résumée et présentée par les personnes les mieux informées, après quoi ils peuvent agir en conséquence.

L'élite politique figure parmi les personnes incapables de comprendre par eux-mêmes l'environnement invisible et complexe qui déterminent les affaires d'un État moderne. Lippmann propose qu'une classe professionnalisée de spécialistes collecte et analyse les données, et présente leurs conclusions aux décideurs d'une société. Ceux-ci à leur tour utilisent l'art de la persuasion pour informer le public des circonstance et des décisions qui les affectent.

Opinion Publique suggère que le pouvoir de la propagande et la connaissance spécialisée requise pour des choix politiques dans l'intérêt public ont rendu la démocratie traditionnelle impossible.

Réception et Influences

Walter Lippmann a conseillé des présidents américains dans les années 30. Il visait à ce que l'État libéral ou libertaire fabrique un consensus et une vision sociétale cohésive pour combattre  les idéologies totalitaires qui ont une propagande très efficace sur les masses, et qui fleurissent dans le terreau de la division sociale (que ce soit le communisme basés sur l'opposition des pauvres et des riches, ou les fascistes et leur opposition identitaire et nationaliste).

L'ouvrage de Lippmann apparait en 1922, 4 ans après la fin de la première guerre mondiale et 9 ans après la création de l'impôt sur le revenu. Il allait donc encourager l'utilisation des fonds considérables levés par l'administration fédérale pour développer des bureaux de statistiques spécialisés. On pense au NBER (1920), FTC (1914), FDA (1906), BLS (1884). Le montant élevé et la pérennité de l'impôt fédéral allait sceller la supériorité de la politique fédérale sur la politique des États de l'union.

Le concept de fabrique de consentement a été repris et développé par d'autres auteurs :
  • La fenêtre d'Overton suppose que le discours politique est restreint par une fenêtre d'opinion publique. Il existe une gradation de l'impensable au radical, du radical au raisonnable, du raisonnable au populaire, et le politicien ne peut proposer que des politiques dans un champ restreint. 
  • Les sphères de Hallin décrivent une catégorisation par les médias des opinions entre sphère du consensus, sphère de controverse légitime, et sphère de l'opinion déviante. Indépendamment du mérite d'une opinion, un journaliste défendra donc ce qui fait partie du consensus de son public, organisera des débats dans la sphère de controverse légitime, et censurera les opinions jugée comme déviante. Par exemple, l'abolition du contrôle des loyers en France, ou la mise en place d'une assurance maladie universelle aux États-Unis sont des idées déviantes hors du champ du débat politique acceptable quand bien même ces mesures font partie du consensus dans d'autres pays.
  • le socialiste Noam Chomsky a écrit un livre inspiré des théories du néo-libéral Walter Lippmann: La Fabrication du Consentement par lequel il explique comment les médias aux États-Unis. ont pu soutenir des interventions militaires désastreuses à l'étranger et censurer le discours politique concernant l'assurance maladie universelle. .
  • Plus récemment, des analyses montrent des effets d'amplificateur, de radicalisation et de chambre d'écho sur internet, et la polarisation de la société. Les sphères de Hallin commenceraient ainsi à se séparer.


2019-07-06

Le Cout de l'Assurance Maladie


Le Progrès au Service de la Vie


Que de progrès ! Les seules interventions bien maîtrisées par la chirurgie sous Napoléon étaient l'amputation d'un membre. Les moyens étaient rudimentaires : il suffisait d'une scie, d'une chaise et de 2 forts gaillards.

Les attentes ont changé et la plupart des patients veulent séjourner à l'hôpital sans qu'il leur en coute un bras. L'éventail de soins disponibles s'est complexifié. Les hôpitaux ont des départements de radiographie, d'imagerie médicale, d'anesthésie. Cette complexité a un prix.

Rôle de l'Administration et Problèmes d'Agents


Une organisation administrative centralisée permet de recueillir des statistiques pour informer l'allocation de ressources limitées et servir l'amélioration de la santé publique.

De plus, un encadrement du marché des soins médicaux permet une pré-négociation des prix pour les personnes dont la santé est défaillante qui ne peuvent pas comparer les prix et services.

Les enjeux de santé publique et économiques sont cruciaux. Étant donné la faiblesse des patients et la possibilité d'extraction de rentes quand les patients sont pris en charge par une assurance et ne payent pas, le remboursement des dépenses de santé doit faire l'objet de contrôles rigoureux.

Pour aller plus loin, ce billet de Mr Viannet en 2010 explique certaines mesures qui permettraient d'éviter les dérives de l'assurance maladie.


Première Comparaison Européenne


Pour élargir le débat, un article de 2007 de Chirstian Raaflaub résume la situation des systèmes d'assurance maladie en Europe.

Certains pays comme la Suisse et l'Allemagne mettent en concurrence différentes caisses d'assurance tandis que le Danemark, la Suède ont un système unique. Les Suisses étaient appelés à voter pour une proposition de copier le système Danois avec une caisse unique.

Les chiffres cités par cet article sont les dépenses de santé en 2004 en pourcentage du produit intérieur brut (PIB):

USA: 15,3%
Suisse: 11,6%
Allemagne: 10,9%
France: 10,5%
Autriche: 9,6%
Suède: 9,1%
Moyenne des pays de l'OCDE: 8,9%
Danemark: 8,9%
Italie: 8,4%

L'existence d'une caisse unique permet en théorie de négocier a la baisse le prix des médicaments et de contrôler le prix des soins. C'est la théorie que soutient l'économiste Paul Krugman. Cela expliquerait la situation catastrophique de l'assurance maladie aux États-Unis.

En pratique, les Allemands et les Suisses parviennent à financer un bon système avec un système concurrentiel, et le système Danois est bien plus efficace que le système Suédois selon cet article en dépit d'une caisse unique pour la Suède.

En dépit de l'argument théorique, l'efficacité des systèmes n'est pas liée a l'existence de concurrence ou de monopole dans les faits.

Autres Horizons : US, Angleterre, Singapour


En restreignant suffisamment le domaine d'investigation, cet article suisse de 2007 dépeint une situation relativement homogène où tous les pays dépensent 10 % de leur PIB pour l'assurance maladie. On pourrait même ajouter que le Japon aussi dépense 10 % de son PIB en assurance maladie. La France serait-elle donc indistinguable parmi les autres pays ?

Trois autres points ne sont pas discutés dans l'article suisse mais néanmoins instructifs :
  • l'assurance maladie aux États-Unis où les couts des dépenses de santé sont en train de passer de 15 % du PIB à 20 % du PIB.
  • le NHS (National Health Service) britannique longtemps coutait 6 % de PIB (c'est un service gratuit mais rationné avec files d'attentes etc) alors que les 5 % restant de cout était payés par la population plus aisée.
  • Singapour a une assurance maladie très partielle qui coute 4 % de PIB, le reste étant payé par les malades eux-mêmes, selon cet article. Il y a la une grande question : faut-il rembourser uniquement les soins important, ou même les visites de confort ? Une autre différence importante est que les Singapouriens cotisent pour leur dépenses de santé ultérieures. Ce point est important car 80 % des personnes ont leurs plus grosses dépenses de santé dans leur dernière année de vie.

Point de vue de la Cour des Comptes 


La Cour des Comptes donne ici des éléments concernant l'évolution récente de ces prestations en Europe face à la hausse des couts. Il faut noter que le graphe obtenu par la cour des comptes montre curieusement une hausse très faible en 2016. Est-ce lié à son utilisation du dollar américain au lieu de l'euro ou a l'évolution démographique ?

L'étude donne également des informations concernant la qualité et l'accès aux soins. 

La vidéo ci-dessous résume leur conclusion sur l'évolution des couts et des prestations.

:



Budget : le Contrôle de la Pensée par la Définition des Termes


Une recherche internet sur les couts de l'assurance maladie montre que les médias, l'INSEE, et même la Cour des comptes se préoccupent surtout du déficit annuel de la sécurité sociale. Pourtant, c'est des dépenses, et donc du poids total sur l'économie qu'il devrait être question.

Le contrôle des couts de l'assurance maladie est une question très différente du financement des retraites. Un article typique sur les 70 ans du trou de la sécu montre que la confusion est totale entre l'assurance maladie qui a une composante technologique forte, et le financement des retraites qui est une question démographique et actuarielle,

Enfin, le but n'est pas d'éviter un déficit mais de contrôler le niveau de dépenses afin que le système puisse faire face au vieillissement de la population. Avec un taux de cotisation suffisamment élevé, on peut équilibrer n'importe quel niveau de dépenses. Ce graphe des dépenses en euros montre une hausse progressive importante:

source: wikipedia et ccss

Cette donnée n'est guère discutée dans les médias. En fait, le niveau de dépenses de 2018 ou 2019 n'est repris nul part, et il faut le chercher sur le site de la commission des comptes de la sécurité sociale.

On ne voit pas non plus d'analyses prévisionnelle de la hausse des couts d'assurance maladie suivant le vieillissement de la population française, ou sur la baisse des recettes. En effet, des cotisations de 7%+7 % de CNAM et 9 % de CSG sont prélevées sur la fiche de paye d'un jeune de 20 ans, un retraité de plus de 65 ans ne paye que 8.3% de CSG. Un déficit apparait automatiquement quand la population vieillit.

Il y a donc trois sources de confusion:
  1. les catégories différentes que sont l'assurance maladie et le financement des retraites sont confondues dans les comptes de la nation ce qui dissimule le surcout des retraites par rapport aux autres pays 
  2. l'assurance maladie est sous facturées pour la partie de la population qui l'utilise le plus, ce qui rend le budget instable quand cette population augmente, 
  3. le discours public construit et repris autour du déficit présent et du cumul de la dette sociale passée est posé dans des termes qui ignorent l'augmentation prévue des dépenses.
Ces confusions obscurcissent le débat public et la compréhension des décideurs.

Futur de l'Assurance Maladie en France


Le cout d'un système d'assurance maladie est entre 4 % et 20 % du PIB. Avec 10 % de cout et peu de pénuries ou de files d'attentes, le système français est l'un des plus efficaces. Cependant ce cout est sous-facturé aux retraités et surfacturé aux actifs. Le mode de financement de l'assurance maladie est donc instable.

En fait, le futur du système s'installe depuis les années 1990 : la technologie améliore la médecine et augmente son cout dans tous les pays. Pour y faire face en France, de nouvelles cotisations sont mises en place qui cimentent la position du pays dans le palmarès fiscal et obèrent sa compétitivité économique, des pénuries de soins et de médicament apparaissent, l'age de la retraite est progressivement retardé. L'évolution se fait sur 30 ans de manière graduelle. La situation par rapport a 1990 a beaucoup changé car ce sont les cotisations surtout qui ont augmenté.

La gabegie en France est dans notre système de retraite où 30 % de PIB sont utilisés au lieu de 10 % dans les pays qui utilisent la retraite par capitalisation, cette disparité va augmenter en l'absence de réforme.

Il conviendrait donc d'allouer correctement les couts d'assurance maladie afin de rendre plus transparente la transition et l'évolution requise du système de retraite.


2019-06-09

La Théorie des Choix Publics

La théorie des choix publics a été développée aux États-Unis en 1962 par J Buchanan. Son but est d'expliquer le mécanisme de cliquet de l'augmentation de la dépense publique dans les démocraties.

Les dysfonctionnements mis en évidence peuvent porter les dépenses au delà de l'optimum social. Comme les libéraux pensent que ce seuil est vite dépassé tandis que les socialistes estiment que l'on est toujours en deçà de ce seuil, cette théorie est souvent reprise par les libéraux.

Il ne faut pas la confondre avec la théorie du choix social qui s'intéresse a des questions d'évaluation des choix collectifs et des procédures de choix.


source: Insee

Qui décide de ce que fait l'État et dans quel but ?


La relation principal-agent est au cœur de la gestion des affaires de la nation. Le comportement des hommes politiques et des fonctionnaires peut être vu comme celui d'agents rationnels individualistes.

Selon cette théorie, ce n'est pas le candidat prônant la meilleure politique qui sera élu, et mais celui qui saura mobiliser l'électorat quels qu'en soient les moyens. De même, ce n'est pas le fonctionnaire le plus efficace qui deviendra le plus influent, mais celui qui obtiendra le budget le plus important et les prérogatives les plus exorbitantes pour son administration.

L'école de la Liberté


Voici une série de vidéos de François Facchini présentant la théorie du choix public intitulée  Pourquoi l'État croit-il ? Cette série libérale présente les thèmes suivants

  • coalition des pauvres contre les riches
  • dictature de l'électeur médian
  • impact de la mondialisation sur les dépenses publiques
  • groupes de pression
  • hommes politiques et bureaucrates
  • dépense publique et recherche de rente
  • l'illusion fiscale
  • les cycles politico-économiques
  • réponses constitutionnelles
  • les juges
  • fédéralisme budgétaire

La théorie du choix public pousse en général à revoir à la baisse la taille de l'État. Nous revoyons maintenant deux cas contradictoires ou les choix publics sont clairement moins bon ou meilleurs que les choix privés.


Moins d'État pour plus de retraites


Un bon exemple est le choix du financement de retraites par répartition au lieu de capitalisation. Il conduit au triplement en 70 ans du cout des retraites, représentant maintenant 27 % des revenus français au lieu de 10 % pour les autres pays.

Ce surcout est le pire obstacle à la compétitivité des Français. Aucune entreprise ne pourrait supporter un tel cout, mais par choix public, il a été socialisé sur l'ensemble des salariés du pays.

Au lieu de le remettre en question quand cela est devenu insuffisant, il a été étendu à l'ensemble des revenus des Français par la création de la CSG quand cela s'est avéré insuffisant.


Plus d'État pour une meilleure assurance maladie


La réduction des services publics ce n'est pas une panacée : la socialisation de l'assurance maladie au Royaume-Uni a permis d'améliorer la santé publique a un cout de 5% du PIB, et 10% pour la France alors qu'il est de 17 % États-Unis, pays ou le PIB par habitant est pourtant bien supérieur.

La négociation du tarif de remboursement des soins et médicaments est bien mieux faite par un organisme centralisé que par un patient qui a besoin de soins.

Les pays tels Singapour qui établissent un système social tardivement ont l'avantage de pouvoir comparer différents exemples et copier ceux qui fonctionnent le mieux.

Une théorie pertinente mais invisible dans le débat public

Cette théorie devient d'autant plus pertinente que le poids de l'État sur la nation augmente.

Malgré des dépenses publique qui ont augmentées de 11 % à 60 % en 100 ans et des services publics qui laissent toujours à désirer, il n'est pas question dans le débat politique de réduire le poids de l'État . L'opinion semble être polarisée selon deux lignes d'action publique :
  1. éliminer l'immigration, source de criminalité et sur-consommatrice de services sociaux
  2. exproprier les riches, enemis du peuple et parasites oiseux au nom de la justice pour tous
Dans les deux cas, le politicien prône une augmentation des prérogatives de l'État sur les autres (les immigrés, les riches) afin de résoudre les problèmes de son électorat.

Un politicien qui laisserait entendre que les choix publics sont la source de problèmes commettrait une mise en Abyme digne d'une tragédie baroque. Les politiciens dans leurs péroraisons s'en tiennent aux règles du théâtre classique.


2019-04-28

Le Cout des Retraites

La retraite par répartition soutient la consommation, mais elle est trois à quatre fois plus coûteuse que la retraite par capitalisation.

Les Français payent maintenant plus du double de ce qu'ils devraient pour leur retraite. Ce coût croissant pèse sur le pouvoir d'achat. Est-il trop tard pour évoluer vers un système mixte comme le système suisse des trois piliers ?

Retraites par Capitalisation : Liberté, Imprévisibilité


Combien faut-il épargner pour se garantir une retraite autofinancée ? La réponse dépend fortement du domaine et de la période d’investissement.

Si les fonds sont investis à long terme sur les marches d’actions mondiaux, la performance sur les 120 dernières années est de 5 % au-dessus du niveau d’inflation. Dans ce cas, il faut épargner 12 % de ses revenus dès 18 ans pour pouvoir prendre sa retraite à 60 ans jusqu’à 100 ans.
  • Aux US avec un rendement de 6,4%, il suffisait d’épargner 7 % de ses revenus
  • En Europe à un rendement de 4,1%, il fallait 15 % d’effort d’épargne.
Ces chiffres proviennent d’historiques sur 120 années, les périodes de rendement inférieur nécessitent que les travailleurs économisent plus ou continuent à travailler plus longtemps. Il faut épargner entre 7 % et 15 % en fonction des performances du marché.

Une retraite par capitalisation coûte typiquement 10 % de leur salaire aux employés (5 % sont mis par l'employé, et 5 % abondés par l'employeur).

Il faut noter que ces chiffres supposent que le salaire suive l’inflation. Pour une retraite à 80 % du salaire moyen, il faut retenir 80 % de ce taux d’épargne soit 5 % à 12 %.

Le rentier français a été mis à rude épreuve par les calamités des deux guerres, (répudiation de l’emprunt russe pour 9 milliards de franc or, soit 3500 milliards d’euros, une somme qui suffirait à financer la moitié des retraites en France) et la crise de 1930. À cause de cela, la génération des retraités de 1915 à 1945 a connu 30 ans d'austérité.

La retraite par capitalisation est vulnérable. Deux guerres mondiales et la pire dépression en 200 ans ont démontré sa fragilité. Les systèmes par capitalisation supposent qu'il y a toujours des investissements avec 5 % de rendement au-dessus de l'inflation, et l'on ne peut pas garantir ce rendement.

Enfin, la retraite par capitalisation suppose un investissement judicieux de l'épargne. Dans la plupart des pays ou la retraite est financée par capitalisation, l'investissement obligataire y est encore important en dépit d'une sous-performance prévue face à l'inflation.

Retraites par Répartition : Coercition et Pénurie Planifiée


La retraite par distribution est insensible aux aléas des marchés. Les revenus des actifs sont directement partagés avec les retraités. Ce partage est décidé démocratiquement plutôt que par les prix des marchés de capitaux. C'est un amortisseur de crise macro-économique qui garanti que le pouvoir d'achat des retraités ne s'effondre pas avec les cours en bourse.

L'inconvénient est que si une personne active doit supporter un retraité tout de suite, il doit y consacrer 50 % de ses revenus. Le fait d’investir les fonds longtemps avant d’en tirer un revenu permet de soutenir un retraité avec 7 % à 15 % d’effort d'épargne pour une pension identique au salaire.

La situation économique était la plus difficile entre 1918 et 1940 pour les retraites. Pourtant, le système de retraite est plus récent :
  • En 1945, un système de retraite par répartition a été mis en place où l’on distribuait aux personnes âgées de plus de 65 ans une retraite financée par les actifs.
  • En 1983, l’âge de la retraite est porté à 60 ans, c'est une décision politique progressiste qui diminue le pourcentage d'actif et augmente le besoin de financement annuel des retraites.
  • En 2003, les fonctionnaires peuvent prendre leur retraite dès 56 ans dès lors qu’ils ont travaillé 40 ans.
  • En 2010, l’âge de la retraite est repoussé de 60 ans 62 ans.
En 2019, il y a en France 3 millions de chômeurs et 26.6 millions d’actifs payes 35.976 euros bruts en moyenne. Cela représente un revenu brut de 957 milliards. Les retraités sont 16 millions avec un coût des retraites de 310 milliards par ans, soit 19.255 euros par retraité.

Le coût de la retraite solidaire est donc de 32 % des salaires des actifs. Ces 32 % sont financés par les actifs qui payent 25 % de leur salaire pour financer la retraite des autres, les 7 % restant sont financés par la CSG.
Il y a donc là deux problèmes :
  • Pour les actifs : le poids des retraités est le double par rapport au 7 % a 15 % du système par capitalisation, 
  • Pour les retraités : ils ne touchent que 54 % de ce qu'ils toucheraient avec le système de capitalisation.
Les systèmes par répartition ne sont avantageux que dans des contextes de natalité élevée ou d’espérance de vie à la retraite limitée. La transition vers un système par capitalisation doit être envisagée quand l’espérance de vie augmente, ou quand la natalité est insuffisante.

Les Français sont forcés de cotiser à un système qui les mène à la pénurie.

Le Fantôme de Lord Keynes

La mise en place d'une retraite par répartition est aussi une manière de faire participer une plus grande population à la croissance du pays. C'est une mesure de stimulation par la consommation recommandée depuis les années 30 en cas de crise liée à une surcapacité productive.

La retraite par répartition aurait ainsi réduit la formation de capital en France et contribué à stimuler la demande pendant la reconstruction de l'Europe après 1945. Cet effet sur la consommation est d'autant plus efficace que les retraites sont modestes et donc sensible a la stimulation.

La Suisse et les États-Unis ont aussi mis en place un minimum vital solidaire aidant la population la plus sensible a une stimulation de la consommation, mais les retraites dorées sont financées par capitalisation.

La transition semble nécessaire pour faire face à l'allongement de la durée de vie et la baisse de la natalité.

Fertilité et Espérance de Vie : Deux Facteurs Inexorables


La France compte maintenant 16 millions de retraites pour 26 millions d’actifs, soit 41 %. Il faudrait donc 5 enfants par femme en moyenne, ou bien que l'espérance de vie à l'age de la retraite diminue de moitié pour que le système par répartition soit mieux adapté que la capitalisation pour la démographie française.

La fertilité en France était aux alentours de 3 pendant les 30 glorieuses entre 1950 et 1970, avant de passer en dessous de 2 dans les années 70. On n’a jamais eu 4 enfants par femmes. L’espérance de vie à 65 ans est passée de 13 ans à 20 ans dans les pays développés, tandis que la cohorte de personnes atteignant l’âge de la retraite a fortement augmenté.


Quand Réformer : Histoire Française


L’augmentation du poids des retraites sur les actifs depuis 1945 est la conséquence de ces données démographiques. L’ensemble du dispositif français de sécurité sociale (assurance maladie et retraites) ne coutant que 3 % du PIB de 1947 jusqu’en 62 (selon l'Insee en 1968). Il apparait que la France a laissé passer une opportunité de réforme entre 1962 et 1968.

Pouvait-on espérer avant 1968 que la croissance paierait la dette sociale ?

En pratique, la croissance de la France et de l'Allemagne pendant les trente glorieuses était beaucoup plus élevée que celle des États-unis et de l'Angleterre en raison de son PIB par habitant bien inférieur pendant la reconstruction. L'effet de ces politiques Keynésiennes semblait être de garantir une croissance de 8 % au-dessus de l'inflation. Qui peut dire quelle eut été la croissance si on favorisait l'investissement plutôt que de stimuler directement la consommation durant cette période ?

Cette question pouvait sembler alors indécidable. En théorie, on savait que les retraites augmentent avec le revenu par habitant et que la réforme etait nécessaire.

On voit 50 ans plus tard que la France scellait un dispositif qui allait engendrer une sous compétitivité structurelle.
La vague de 1983 a déferlé 10 ans durant jusque son premier endiguement en 1993 avec la hausse de 37 à 40 trimestres de cotisation, puis 27 ans plus tard en 2010, l'age passe à 62 ans. Les électeurs de 1981 se sont moins souciés de réforme que de faire payer tout se suite leur retraite par les générations futures. Nous recevons en héritage de cette génération la CSG et RDS, mises en place par M Rocard en 1991.

Contrairement à leurs électeurs, les politiciens qui ont pris ces décisions ont travaillé bien au delà de leurs 65 ans. Cette prodigalité relève plus de l'ambition de figurer parmi les grands hommes. Il fallait donc accorder au nom du progrès des bienfaits à la mesure de ceux du Front Populaire en 1936 et du programme des Jours Heureux du Conseil National de la Résistance en 1945.


La Main Invisible Qui Décide


La main invisible de la démocratie représentative mène t-elle la France à l'optimum social ? La théorie du choix social fera l'objet d'un billet le mois prochain.



image: mouvement pour la liberte et la democratie directe

A cause d'une espérance de vie courte, la France payait en 1962 la moitié du coût des retraites par capitalisation. Chaque actif en France paye maintenant 3 à 4 fois le prix qu'on paie à l'étranger pour une retraite similaire.

Au vu des données démographiques, il faut rehausser l’âge de la retraite ou baisser les pensions. L'alternative est la transition vers un système mixte plus efficace pour le financement des retraites.

Lorsqu'ils sont sondés sur la question, les Français se déclarent pour une retraite plus tôt. Leur donnera t-on les moyens de prévoir et financer eux-mêmes cette retraite ou s'agit-il à nouveau de la faire financer par la génération à venir ?

Pour d'autres point de vue sur la retraite:

2019-03-16

L’evolution de l’Etat Providence en France

En dépit d’un niveau de capital social inférieur, le poids des prélèvements obligatoires en France est supérieur à celui des pays scandinaves. Par quelle trajectoire somme nous arrivés à cette position ?

Différents travaux de l'Insee permettent d'observer l’évolution des dépenses publiques depuis 1871. L’apparition en France de l'État providence remonte à l’établissement l’éducation nationale gratuite et obligatoire par les lois Jules Ferry en 1881.

Nous pouvons donc observer un historique complet et identifier quand l'augmentation a eu lieu. Nous verrons cependant que les chiffres annoncés par l'Insee ou l'OCDE pour la même année varient considérablement selon l'article de l'Insee, ce qui indique des différences de méthodologie qui ne sont pas expliquées dans ces articles.

Évolution de l'État Providence

Nous bénéficions de données assemblées pour un siècle par l'Insee  en 1968 et d’autres études retraçant l’évolution de 1959 à 2006, enfin nous disposons de données de l’OCDE de 1995 à 2016.

  • 1871-1879: Thiers et Mac Mahon (versaillais royalistes répresseurs de la commune de Paris). L'État strictement régalien coute 11.6% du PIB.
  • 1879-1887: Jules Grévy (gouvernement de gauche) création des écoles normales pour former les professeurs avec des valeurs “républicaines” et laïques. Puis loi Jules Ferry pour l’éducation gratuite laïque et obligatoire. Hausse de 4% de dépenses.
  • 1887-1913: S Carnot, J Casimir-Perier, F Faure, E Loubet, A Fallières, hausse de 50% du revenu national et de 20% des dépenses publiques qui repassent a 11% du PIB
  • 1913-1920: R Poincaré: doublement des dépenses militaires et des dépenses civiles alors que le PIB baisse de 18% suite aux dégâts de la grande guerre. Les dépenses publiques passent a 26% du PIB
  • 1920-1931: A Millerand, G Doumergue. Grace a la stabilisation Poincaré, les dépenses de l'état baissent en terme réel de 16% alors que le PIB augmente de 21%. Le poids de l'état 8 ans après la Grande Guerre est de 15% en 1926 et reste à ce niveau jusque 1929.
  • 1931-1940: P Doumer, A Lebrun. Alors que le Front Populaire arrive au pouvoir en 1936. Le PIB a baissé de 18% alors que la dépense publique avait augmenté de 87%. La perte de confiance dans le système capitaliste dans les années 30 a causé une forte augmentation du poids de l'État. le poids de l'état a déjà augmente de 20% pour atteindre 36% suite à la grande dépression. Le front populaire vote la semaine à l'anglaise (ou semaine des deux dimanches) avec 40 heures de travail hebdomadaire et les congés payés.
  • 1940-1947: P Pétain, gouvernement satellite de l'Allemagne qui voit une baisse du PIB de 11%. Discours anti-individualiste et corporatiste avec la Charte du travail (1941), comités sociaux professionels.
  • 1947-1954: V Auriol. Augmentation du budget de sécurité sociale à 10% du PIB suivant le manifeste du Conseil National de la Résistance. Les dépenses atteignent 45% du PIB en 1947. Création de la TVA en 1954 par M Lauré sous le gouvernement P Mendes-France.
  • 1954-1968: R Coty, C de Gaulle, le poids des départements et communes passe de 5% à 10%, le poids de la sécurité sociale passe de 10% à 20% du PIB. Les dépenses publiques représentent 55% du PIB en 1960 et 63% en 1968. La note de l'Insee de 1968 présente un taux de 35%, excluant le poids de 20% de sécurité sociale et 10% de budget des communes et régions.
  • 1970-1981: G PompidouV Giscard d'Estaing, le poids des dépenses augmente de 6% entre 1974 et 1980 en dépit de la politique d'austérité affirmée par son premier ministre et ministre des finances R Barre.
  • 1981-1995: F Mitterrand, hausse de 4% des prélèvement de 1980 a 1995. E Balladur parle d'austérité mais augmente les prélèvements. En 1982: 39 heures de travail hebdomadaire.
  • 1995-2007: J Chirac, hausse de 1.5% des prélèvements. Pacte de Stabilité et de Croissance signe en 1998. 2002: 35 heures de travail hebdomadaire sous le gouvernement Jospin.
  • 2007-2012: N Sarkozy, crise financière, hausse de 3% des prélèvements
  • 2012-2017: F Hollande, hausse de 1.5% des prélèvements

Dates clef de l'évolution du poids de l'État

On remarque donc des dépenses publiques limitées en dessous de 15% avec l'éducation nationale obligatoire quand bien même la part de l'État dans le PIB avait double lors de la première guerre mondiale, cette proportion est redescendue a ce niveau en 1926.

Une augmentation du poids de l'État a 35% pendant la grande dépression et la seconde guerre mondiale. Suivie d'une augmentation de 20% à la fin de la seconde guerre mondiale avec l'établissement de l'assurance maladie et de caisses de retraite par répartition.

Le poids des communes et régions est passé de 1% à 10% suite a diverses mesures de décentralisations qui n'ont apparemment pas été suivies de baisse du budget central.

A partir des années 70, l'État a du indemniser des chômeurs alors que le taux de chômage est lentement passe du 3% avant 1971 à plus de 10% en 1991. Les dépenses de l'État sont supérieures à ses recettes depuis 1974.

Cause de l'augmentation du poids de l'État

Plusieurs causes expliquent l'augmentation du poids de l'État.

L'économiste Allemand Wagner au 19ème siècle, proposait que les États les plus avancés ont le poids le plus important dans leur économie. Jusque dans les années 70, on voit que plus d'État était corrèlé a plus de croissance. Après cette date cependant, l'augmentation du budget de l'État n'est plus accompagnée de croissance du PNB.

Certains services de l'État (éducation, santé, culture) ont vu moins de gains de productivité que l'industrie et prennent donc une part croissante dans l'économie nationale.

Un effet de cliquet fait qu'il est plus facile de mettre en place de nouvelles dépenses publiques que de les réduire. Alors qu'une entreprise privée dont les dépenses ne sont pas maitrisées disparaitra, l'État a en général la possibilité de taxer plus.

Historiquement, il apparait que l'évolution a eu lieu en majeure partie suite aux crises économiques. Politiquement, bien que la gauche n'ait obtenu le pouvoir que rarement, la droite n'a eu de cesse d'augmenter le poids de l'État en France, sauf avant les années 30.

Des chiffres sujets a des changements de méthodologies opportuns.

Enfin, les chiffres publiés dans le passé sont constamment revus et modifiés par l'Insee. Les bureaucrates appellent cela la rétropolation.

La définition de l'Insee paraissait pourtant claire dès 1968: un monopole d'État tel que l'EDF ou un péage qui serait surfacturé a ses usagers pour rapporter un profit a l'État n'est pas un prélèvement obligatoire si les usagers ont le droit de ne pas utiliser le service. Les cotisations d'assurance maladie et retraite en revanche sont des prélèvements obligatoires.

La note de l'Insee de 1968 présente 35% de budget de l'État, 10% du budget de communes et régions et 20% de sécurité sociale pour un total de 63% du PIB de l'époque en page 8, tableau 2. La note de l'Insee de 2007 présente un poids de l'État en 1968 de 22% et des charges sociales totales de 13% soit 35%. Ce chiffre de 35% est repris dans l'étude vie publique de 2013.

Il semblerait donc qu'il y a une inconsistance de 28% du PIB entre les chiffres publies en 1968 et ceux publies en 2007 pour la même année 1968.

La note 2007 de l'Insee présente un poids de l'État de 42% en 1995 alors que les chiffres de l'OCDE présentent un poids de la dépense publique de 54% du PIB en 1995.

Il y a donc une inconsistance de 12% de points de PIB entre les chiffres annonces par l'Insee et ceux de l'OCDE pour la même année 1995.

Le chiffre de 63% n'était peut-être pas si choquant en 1968 dans un rapport qui annonçait le triomphe de la loi de Wagner et une croissance du PIB supérieure à celle des États-Unis. L'air du temps a bien changé, et le poids des dépenses publiques de l'époque a été revu a 35%.

Sources:



2019-01-27

Confiance et Etat Providence

Taux de Prélèvement et Capital Social

La loi de Wagner, énoncée par l'économiste allemand A. Wagner a la fin du XIXe siècle prédit que plus l'économie d'un  pays est avancée, plus l'État prend un poids important dans l'économie. Plus d'un siècle plus tard, il apparait que le poids de l'État dépend aussi de variables sociales qui expliqueraient les disparités constatées indépendamment du revenu par habitant.

Alors qu'on pourrait prévoir un poids de l'État augmentant avec la cohésion sociale et le civisme du pays, lorsque l’on observe la proportion des dépenses sociale rapportée au PNB dans différents pays, on voit que les États-Unis, le Japon sont dans un creux fiscal alors que l’Italie et la France d’une part, et les pays scandinaves d’autre part ont un budget plus important.



La question est pourquoi certaines populations ont voté l’augmentation de la taille de leur gouvernement alors que leur citoyens font preuve de moins de confiance envers leurs concitoyens et leur gouvernement que les Japonais ou les Américains ?

Avant cela, nous présentons ci-dessous le concept de capital social en économie politique.

Capital Social en Italie

Pour introduire le concept de capital social, on peut se référer au livre de Robert D Putnam : Making Democracy Work.  Les auteurs ont étudié la performance de 20 gouvernements régionaux depuis 1970. Les institutions étaient similaires, mais le contexte social économique et culturel était diffèrent. Ils trouvent que les administrations régionales les plus efficaces étaient ceux où il y avait une forte tradition d’engagement civique.

Mr Putnam note que les citoyens sont à la fois plus satisfaits de leur gouvernement dans le nord de l’Italie et pensent que l’état devrait jouer un rôle moins important. Dans le sud de l’Italie, ils pensent que l’état ne joue pas son rôle de manière satisfaisante et qu’il devrait avoir un rôle plus important.

Mr Putnam conclut que le succès de la démocratie nécessite la confiance mutuelle et la coopération des concitoyens, ainsi qu’une tradition de gouvernement décentralisé.


Efficacité et inefficacité de l’état providence

Il s’agit d’un article écrit en 2011 par Y Algan, P Cahuc et M Sangnier (que l’on trouve ici). Leur sommaire peut se traduire ainsi : 

L’article montre que les différences entre pays de générosité et de qualité de l’État providence est lié aux différences de confiance entre ses citoyens. Les États-providence généreux et transparents des pays scandinaves sont basés sur le civisme de leurs citoyens. 

En revanche, la générosité assortie d’une manque de transparence des États européens continentaux survit grâce au support d’une forte proportion de citoyens incivique qui considèrent que la fraude fiscale et aux bénéfices sociaux est justifiée. 


Nous expliquons aussi pourquoi des pays avec un degré intermédiaire d’honnêteté et de transparence du gouvernement, tels que les pays anglo-saxons, ont un État-providence moins développé.

Rang de la France en termes de Civisme

Quelle est la place de la France par rapport aux autres pays ? Cela dépend de la mesure de capital social. Si on le mesure avec la question : « peut-on avoir confiance en la plupart des gens ? », la France a un capital social parmi les plus bas d’Europe. Si l’on mesure le capital social avec la perception de corruption, la France a un capital social qui se situe plus dans la moyenne, proche du Japon et des États-Unis.

Dans le cadre simplifié décrit par cet article
  • Tout électeur votera pour plus d'impôts finançant les dépenses sociales si la proportion de population honnête est élevée
  • Tout électeur ayant l'intention de profiter des dépenses votera plus d'impôts qu'un électeur préoccupé par le bien commun, 
  • Le niveau de charges sociale se décide a la majorité et dépend donc du civisme de l'électeur médian
  • On atteint un premier maximum de dépenses sociale lorsque 51% des électeurs votent dans leur intérêt personnel, le niveau chute brusquement lorsque 51% des électeurs sont honnêtes et décident d'un niveau de dépenses en fonction de l'intérêt collectif plutôt que de leur intérêt personnel.
Il faut noter que dans le cadre simplifié de l'article, les électeurs forment une communauté homogène. La promesse de redistribuer les biens d'une minorité vers l'électeur médian n'intervient pas.

Les mêmes auteurs ont publié un nouvel article à ce sujet en Juin 2014 : Confiance et état providence : la courbe a deux sommets.



2018-12-29

Prélèvement Obligatoires: Pression dès le SMIC?

Progressivité des Prélèvements Obligatoires sur les Salaires

L'impôt va jusque 50% pour les personnes aisées, tandis qu'il serait à 0% pour la majeure partie des Français. Mais Il ne s'agit que des impôts directs. En fait, la pression totale des prélèvements sur les revenus Français est proche de 50% dès le SMIC.
  • Le SMIC coûte 1690 euros par mois à l'employeur, l'employé ne disposera en fait que de 918 euros si l'on suppose 20% d'impôts indirects (TVA, taxes sur le pétrole). 
  • Une employée qui coûte 5000 euros par mois à son employeur ce qui la positionne parmi les 10% des ménages les plus aisés ne disposera en fin de compte que de 1986 euros mensuels. 
Les taux de prélèvements s'échelonnent entre 45% et 70% en fonction des quantiles de revenus considérés :


Le coût de l'employé est décomposé en charge patronales, cotisations sociales, impôts directs (impôts sur le revenu), et impôts indirects (TVA). En utilisant le simulateur fournit sur l'expert comptable, Le montant disponible est donc bien de l'ordre de 55% pour le SMIC et ne fait que diminuer pour atteindre 30% du salaire seulement.

Pour référence, les montants en euros de salaires et des prélèvements obligatoires sont indiqués ci-dessous pour le SMIC et les autres déciles :




Des Conséquences Néfastes sur le Plan Économique et Social


Un sous-emploi endémique se développe en France depuis 1974. La politique sociale implémentée par les gouvernements successifs pour répondre à l'évolution de la situation économique a augmenté le coût minimum du travail.

Ces taux élevés qui s'appliquent dès les plus bas salaires ont des conséquences économiques à balancer avec la provision de nombreux services publics dont l'utilité est reconnue par la majorité de la population.

Outre son impact économique, l'augmentation des prélèvements détruit le capital social français.
  • Exclusion due au chômage involontaire pour tous les travailleurs peu qualifies qui pourraient percevoir 1000 euros net par mois, tandis que le coût minimal du travail est maintenant de 1700 euros par mois. Mise en friche des bassins d'emploi peu qualifies par la délocalisation ou la faillite des entreprises françaises. Sentiment d'insécurité dans les zones défavorisées
  • Minimisation du niveau d'activité déclarée pour ceux qui jugent les ressources déclarées du ménage suffisantes. Atténuation du signal de l'utilité économique par la rémunération. Renoncement à trouver un travail plus utile économiquement.
  • Incitation à l'autarcie, au troc de services, au travail non déclaré : alors qu'un peintre (par exemple) est plus efficace qu'un amateur, le prix du peintre travail augmenté de tous les prélèvements peut être trop élevé pour un particulier dont les revenus font l'objet de plus de 50% de prélèvements. Ces travaux sont rarement faits par un travailleur déclaré.
  • Clientélisme électoral et tendance a voter les dépenses publiques payées par d'autres, dans la mesure ou l'on est disposé à minimiser son empreinte économique déclarée.
  • Suspicion envers les concitoyens, accusés alternativement d'être des assistés, des tricheurs, des fraudeurs, ou des planqués.
Nous les explorerons dans de prochains billets, et passerons en revue les solutions qui ont été implémentées ou proposées par des politiciens et des économistes pour faire face à cette situation.


Méthodologie : Déciles et Prélèvement sur les Revenu Français 

Les résultats présentés par MM Landais, Picketty et Saez vont dans le même sens que les miens, dans la mesure ou la progressivité des taxes sur les salaires est très faible. Il me semble que lorsqu'ils indiquent que la fiscalité devient régressive au-delà de 14,000 euros, cela est dû au fait que des revenus de ce niveau proviennent le plus souvent d'une accumulation de capital au sein d'une société plutôt que des salaires soumis à l'ensemble du système de prélèvement.

D'après cette étude de l'INSEE, les revenus des ménages français s'échelonnent comme suit pour les revenus nets:
  • D1: 1023/mois (revenu net du ménage par personne ou unité de consommation
  • D2: 1265/mois 
  • D5: 1680/mois (revenu net médian de 50% des Français) 
  • D9: 2787/mois (revenu net des 10% des ménages les plus aisés) 

Les chiffres de revenus mensuel net que j'obtiens sont assez inférieurs aux revenus bruts individuels indiques sur le site de MM Landais, Picketty et Saez parce que j'ai divise le revenu des ménages par le nombre d'unités de consommation. L'échelle suivante correspond à des revenus bruts:
  • D1: 1000/mois 
  • D5: 2300/mois 
  • D9: 5100/mois 
  • D99: 14000/mois 
  • D99.9: 63000/mois 
Ce dernier site implique une différence de salaire net 120euros/mois pour D5 et 1347euros/mois pour D9. Cela peut être du a des différences de méthodologie, ces différences n'affecteront pas beaucoup les taux de prélèvement totaux sur les salaires cependant.

Le calcul des charges patronales, des cotisations sociales, et des impôts ont été réalisés a l'aide du simulateur l'expert comptable.

Le taux des impôts indirect a été candidement estime au taux de la TVA de 20%. En fait, il faudrait tenir compte du fait que certaines dépenses se font au taux bonifie de 5%, alors que d'autres, notamment le carburant font l'objet de taxes plus élevées.