2019-04-28

Le Cout des Retraites

La retraite par répartition soutient la consommation, mais elle est trois à quatre fois plus coûteuse que la retraite par capitalisation.

Les Français payent maintenant plus du double de ce qu'ils devraient pour leur retraite. Ce coût croissant pèse sur le pouvoir d'achat. Est-il trop tard pour évoluer vers un système mixte comme le système suisse des trois piliers ?

Retraites par Capitalisation : Liberté, Imprévisibilité


Combien faut-il épargner pour se garantir une retraite autofinancée ? La réponse dépend fortement du domaine et de la période d’investissement.

Si les fonds sont investis à long terme sur les marches d’actions mondiaux, la performance sur les 120 dernières années est de 5 % au-dessus du niveau d’inflation. Dans ce cas, il faut épargner 12 % de ses revenus dès 18 ans pour pouvoir prendre sa retraite à 60 ans jusqu’à 100 ans.
  • Aux US avec un rendement de 6,4%, il suffisait d’épargner 7 % de ses revenus
  • En Europe à un rendement de 4,1%, il fallait 15 % d’effort d’épargne.
Ces chiffres proviennent d’historiques sur 120 années, les périodes de rendement inférieur nécessitent que les travailleurs économisent plus ou continuent à travailler plus longtemps. Il faut épargner entre 7 % et 15 % en fonction des performances du marché.

Une retraite par capitalisation coûte typiquement 10 % de leur salaire aux employés (5 % sont mis par l'employé, et 5 % abondés par l'employeur).

Il faut noter que ces chiffres supposent que le salaire suive l’inflation. Pour une retraite à 80 % du salaire moyen, il faut retenir 80 % de ce taux d’épargne soit 5 % à 12 %.

Le rentier français a été mis à rude épreuve par les calamités des deux guerres, (répudiation de l’emprunt russe pour 9 milliards de franc or, soit 3500 milliards d’euros, une somme qui suffirait à financer la moitié des retraites en France) et la crise de 1930. À cause de cela, la génération des retraités de 1915 à 1945 a connu 30 ans d'austérité.

La retraite par capitalisation est vulnérable. Deux guerres mondiales et la pire dépression en 200 ans ont démontré sa fragilité. Les systèmes par capitalisation supposent qu'il y a toujours des investissements avec 5 % de rendement au-dessus de l'inflation, et l'on ne peut pas garantir ce rendement.

Enfin, la retraite par capitalisation suppose un investissement judicieux de l'épargne. Dans la plupart des pays ou la retraite est financée par capitalisation, l'investissement obligataire y est encore important en dépit d'une sous-performance prévue face à l'inflation.

Retraites par Répartition : Coercition et Pénurie Planifiée


La retraite par distribution est insensible aux aléas des marchés. Les revenus des actifs sont directement partagés avec les retraités. Ce partage est décidé démocratiquement plutôt que par les prix des marchés de capitaux. C'est un amortisseur de crise macro-économique qui garanti que le pouvoir d'achat des retraités ne s'effondre pas avec les cours en bourse.

L'inconvénient est que si une personne active doit supporter un retraité tout de suite, il doit y consacrer 50 % de ses revenus. Le fait d’investir les fonds longtemps avant d’en tirer un revenu permet de soutenir un retraité avec 7 % à 15 % d’effort d'épargne pour une pension identique au salaire.

La situation économique était la plus difficile entre 1918 et 1940 pour les retraites. Pourtant, le système de retraite est plus récent :
  • En 1945, un système de retraite par répartition a été mis en place où l’on distribuait aux personnes âgées de plus de 65 ans une retraite financée par les actifs.
  • En 1983, l’âge de la retraite est porté à 60 ans, c'est une décision politique progressiste qui diminue le pourcentage d'actif et augmente le besoin de financement annuel des retraites.
  • En 2003, les fonctionnaires peuvent prendre leur retraite dès 56 ans dès lors qu’ils ont travaillé 40 ans.
  • En 2010, l’âge de la retraite est repoussé de 60 ans 62 ans.
En 2019, il y a en France 3 millions de chômeurs et 26.6 millions d’actifs payes 35.976 euros bruts en moyenne. Cela représente un revenu brut de 957 milliards. Les retraités sont 16 millions avec un coût des retraites de 310 milliards par ans, soit 19.255 euros par retraité.

Le coût de la retraite solidaire est donc de 32 % des salaires des actifs. Ces 32 % sont financés par les actifs qui payent 25 % de leur salaire pour financer la retraite des autres, les 7 % restant sont financés par la CSG.
Il y a donc là deux problèmes :
  • Pour les actifs : le poids des retraités est le double par rapport au 7 % a 15 % du système par capitalisation, 
  • Pour les retraités : ils ne touchent que 54 % de ce qu'ils toucheraient avec le système de capitalisation.
Les systèmes par répartition ne sont avantageux que dans des contextes de natalité élevée ou d’espérance de vie à la retraite limitée. La transition vers un système par capitalisation doit être envisagée quand l’espérance de vie augmente, ou quand la natalité est insuffisante.

Les Français sont forcés de cotiser à un système qui les mène à la pénurie.

Le Fantôme de Lord Keynes

La mise en place d'une retraite par répartition est aussi une manière de faire participer une plus grande population à la croissance du pays. C'est une mesure de stimulation par la consommation recommandée depuis les années 30 en cas de crise liée à une surcapacité productive.

La retraite par répartition aurait ainsi réduit la formation de capital en France et contribué à stimuler la demande pendant la reconstruction de l'Europe après 1945. Cet effet sur la consommation est d'autant plus efficace que les retraites sont modestes et donc sensible a la stimulation.

La Suisse et les États-Unis ont aussi mis en place un minimum vital solidaire aidant la population la plus sensible a une stimulation de la consommation, mais les retraites dorées sont financées par capitalisation.

La transition semble nécessaire pour faire face à l'allongement de la durée de vie et la baisse de la natalité.

Fertilité et Espérance de Vie : Deux Facteurs Inexorables


La France compte maintenant 16 millions de retraites pour 26 millions d’actifs, soit 41 %. Il faudrait donc 5 enfants par femme en moyenne, ou bien que l'espérance de vie à l'age de la retraite diminue de moitié pour que le système par répartition soit mieux adapté que la capitalisation pour la démographie française.

La fertilité en France était aux alentours de 3 pendant les 30 glorieuses entre 1950 et 1970, avant de passer en dessous de 2 dans les années 70. On n’a jamais eu 4 enfants par femmes. L’espérance de vie à 65 ans est passée de 13 ans à 20 ans dans les pays développés, tandis que la cohorte de personnes atteignant l’âge de la retraite a fortement augmenté.


Quand Réformer : Histoire Française


L’augmentation du poids des retraites sur les actifs depuis 1945 est la conséquence de ces données démographiques. L’ensemble du dispositif français de sécurité sociale (assurance maladie et retraites) ne coutant que 3 % du PIB de 1947 jusqu’en 62 (selon l'Insee en 1968). Il apparait que la France a laissé passer une opportunité de réforme entre 1962 et 1968.

Pouvait-on espérer avant 1968 que la croissance paierait la dette sociale ?

En pratique, la croissance de la France et de l'Allemagne pendant les trente glorieuses était beaucoup plus élevée que celle des États-unis et de l'Angleterre en raison de son PIB par habitant bien inférieur pendant la reconstruction. L'effet de ces politiques Keynésiennes semblait être de garantir une croissance de 8 % au-dessus de l'inflation. Qui peut dire quelle eut été la croissance si on favorisait l'investissement plutôt que de stimuler directement la consommation durant cette période ?

Cette question pouvait sembler alors indécidable. En théorie, on savait que les retraites augmentent avec le revenu par habitant et que la réforme etait nécessaire.

On voit 50 ans plus tard que la France scellait un dispositif qui allait engendrer une sous compétitivité structurelle.
La vague de 1983 a déferlé 10 ans durant jusque son premier endiguement en 1993 avec la hausse de 37 à 40 trimestres de cotisation, puis 27 ans plus tard en 2010, l'age passe à 62 ans. Les électeurs de 1981 se sont moins souciés de réforme que de faire payer tout se suite leur retraite par les générations futures. Nous recevons en héritage de cette génération la CSG et RDS, mises en place par M Rocard en 1991.

Contrairement à leurs électeurs, les politiciens qui ont pris ces décisions ont travaillé bien au delà de leurs 65 ans. Cette prodigalité relève plus de l'ambition de figurer parmi les grands hommes. Il fallait donc accorder au nom du progrès des bienfaits à la mesure de ceux du Front Populaire en 1936 et du programme des Jours Heureux du Conseil National de la Résistance en 1945.


La Main Invisible Qui Décide


La main invisible de la démocratie représentative mène t-elle la France à l'optimum social ? La théorie du choix social fera l'objet d'un billet le mois prochain.



image: mouvement pour la liberte et la democratie directe

A cause d'une espérance de vie courte, la France payait en 1962 la moitié du coût des retraites par capitalisation. Chaque actif en France paye maintenant 3 à 4 fois le prix qu'on paie à l'étranger pour une retraite similaire.

Au vu des données démographiques, il faut rehausser l’âge de la retraite ou baisser les pensions. L'alternative est la transition vers un système mixte plus efficace pour le financement des retraites.

Lorsqu'ils sont sondés sur la question, les Français se déclarent pour une retraite plus tôt. Leur donnera t-on les moyens de prévoir et financer eux-mêmes cette retraite ou s'agit-il à nouveau de la faire financer par la génération à venir ?

Pour d'autres point de vue sur la retraite:

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